La Vendée par William Christie
Originaire des Etats-Unis, ce claveciniste de renom s'est établi en France dans les années 1970 et y a fondé les Arts florissants, un ensemble de musique baroque qu'il continue de diriger. Mais William Christie est aussi un amoureux de la Vendée, qu'il rejoint à chaque occasion, dans un petit village du Bocage où il peut s'adonner à sa passion pour les jardins à la française.
C'est grâce à une petite tournée de deux jours que j'ai découvert cette région, en 1974. Une exposition d'art contemporain britannique, organisée par le British Council, se déroulait au même moment à Fontenay-le-Comte, si bien que, aussitôt arrivé, j'ai sympathisé avec tout le monde, notamment avec le directeur du musée et la déléguée départementale de la musique. En fait, je ne me trouvais pas dans un bled paumé, comme me l'avait décrit mon imprésario, mais dans une petite ville où régnait une vie culturelle intense. D'ailleurs, le concert donné dans la ravissante église gothique Saint-Jean a plutôt bien marché.
Le lendemain, me rendant aux Sables-d'Olonne, j'ai découvert le minifestival de musique ancienne organisé par le conservateur du musée de l'Abbaye Sainte-Croix, une manifestation qui, avec peu de moyens, faisait venir de grandes personnalités, comme le claveciniste Gustav Leonhardt et des petits jeunes comme moi. Bref, je me suis senti chez moi, et il ne m'a pas fallu dix jours pour tomber amoureux de la Vendée.
L'année suivante, j'y suis retourné, à l'invitation d'Henry-Claude Cousseau, directeur des Beaux-Arts à Paris, qui, en ce temps-là, était conservateur en chef des musées aux Sables. Après avoir terminé un immense inventaire d'objets d'art du département, il les exposa et profita de l'occasion pour organiser des concerts, pour lesquels il fit appel à moi. L'évêque de Luçon me loua alors une maison charmante située à côté de son palais épiscopal et, mine de rien, je commençai à y prendre racine. Pas par hasard.
Issu d'une famille de ruraux, j'ai grandi à la campagne dans l'Etat de New York, aux environs de Buffalo, dont la similitude avec les paysages de la Vendée est assez frappante. A ma grande surprise, cette terre, dont je connaissais l'histoire mouvementée, n'est pas repliée sur elle-même ; au contraire, les gens y sont curieux de nature et, peu à peu, j'ai tissé un réseau d'amis de toutes les couleurs, si j'ose dire.
Certes, j'ai toujours adoré Paris et mon métier est pour ainsi dire très urbain, mais, comme bon nombre d'Américains qui débarquent en Europe, je nourris une passion pour les vieilles pierres. Mon rêve était d'avoir une maison à moi, mais sans jardin établi, parce que je voulais le modeler moi-même. Reste qu'il m'a fallu du temps pour trouver la perle rare ! Une riche famille protestante rencontrée lors d'un concert a d'abord voulu me donner l'une de ses gentilhommières à Simon-la-Vineuse, mais je refusai, préférant la louer pendant huit ans. Puis une amie m'a présenté une demeure à vendre qui appartenait à sa famille, où Rabelais séjourna. Ce petit bijou, d'une beauté inouïe, était en indivision et j'ai eu beau batailler pendant trois ans, l'acquisition ne s'est jamais faite, à mon grand désespoir.
La campagne française me semblait bien compliquée lorsque, un jour, au volant de ma voiture, je croisai le logis que j'occupe aujourd'hui, niché au bord de la rivière Smagne. C'était une ruine. Flanquée d'un vilain hangar agricole, cette bâtisse, construite en 1580, possédait, à l'intérieur, des cheminées Renaissance de toute beauté. Mon notaire m'informa qu'elle fut noblement occupée jusqu'à la chute de La Rochelle, en 1628, et qu'ensuite elle abrita des métayers plus de trois siècles durant. Les derniers y vivaient dans les années 1980 avec neuf enfants, sans chauffage ni sanitaires, repliés dans trois pièces sur les quinze à leur disposition. Et c'est là que j'ai posé mon sac. Après deux ans de restauration intérieure, je me suis attaqué aux jardins avec une jeune paysagiste qui exécuta mes dessins conçus à partir d'ouvrages de référence. Outre la musique, j'ai une passion pour l'ornement des jardins exécutés au XVIIIe siècle.
Tilleuls, charmes, platanes, saules, massifs d'ifs, tous ces arbres, qui avaient leur place autrefois dans ce genre de domaine ont été replacés sur 2 hectares. Aujourd'hui, après vingt ans de terrassement et de travaux titanesques, nous bichonnons un verger dont les arbres fruitiers seront taillés en double cordon sur des arceaux. Ma chance est d'avoir rencontré sur place des artisans hors du commun, maçons et menuisiers, qui ont un goût parfait. Alors que ces métiers disparaissent ailleurs, il s'en trouve d'excellents, ici, en Vendée, et le miracle continue avec la nouvelle génération. David, mon chef jardinier, a 30 ans et fait construire sa maison dans le village pour venir s'y installer avec sa femme. Ce domaine exige un travail à plein-temps pour garder son harmonie, d'ailleurs, je le fais visiter tout l'été et parfois même sur rendez-vous. Il suffit d'appeler le régisseur au 02-51-27-62-26. Si le cœur vous en dit...
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