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Saint Augustin ou les repentirs du fornicateur

Augustin, avant d'être le chrétien qu'on sait, a été un homme, un sanguin, un Méditerranéen qui a connu les plaisirs charnels et qui ne s'en cache guère.

PAR Jean Montenot | SOCIÉTÉ | 20 avril 2008
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C'est entendu : où le péché abonde, la grâce surabonde. Augustin, avant d'être le chrétien qu'on sait, a été un homme, un sanguin, un Méditerranéen qui a connu les plaisirs charnels et qui ne s'en cache guère. Dans les Confessions, récit autobiographique de sa conversion, il admet, au moment de choisir une nouvelle vie, «être encore lié et tenu par la femme».

Celui qui devait fustiger les plaisirs charnels a eu une vie sexuelle débridée. A dix-sept ans, ce Numide débarque dans la métropole «regorgeant d'habitants et plus encore de turpitudes»: «Je vins à Carthage où j'entendais bouillonner autour de moi la chaudière des amours infâmes. Je n'aimais pas encore [de l'amour véritable celui de Dieu] et j'aimais aimer [de l'amour humain].»

Le cadre privilégié de ces peccamineuses rencontres ne fut pas les claques d'un port qui n'en manquait guère, mais les théâtres, lieux de spectacle et lieux de drague «où des amants jouissaient l'un de l'autre dans l'infamie des rencontres», les temples païens qui n'avaient pas encore été fermés, où se pressaient parfois des prostituées en procession, et même les églises, car l'usage n'y séparait pas encore les filles des garçons.

C'est dans «ses vagabondages passionnés» qu'Augustin, «ballotté et dispersé, liquéfié par le sexe», a dépisté la concubine à laquelle il fut sexuellement fidèle, avant de la répudier après quinze ans de services (et un fils).

Converti, élevé à la dignité épiscopale, ayant renoncé aux jouissances de la chair, Augustin n'en est pas moins un des premiers à décrire au plus près le mouvement de libido sexuelle: «Quant à la volupté, elle est précédée d'un certain appétit ressenti dans la chair comme sa convoitise et ce désir éprouvé dans les parties génitales est appelé couramment libido» (La cité de Dieu).

Quand on parle de libido, sans préciser sur quel objet elle porte, ajoute-t-il, cela signifie «l'excitation des parties obscènes du corps», et le vieil évêque de préciser que la volupté sensuelle s'accompagne toujours, au moment de l'orgasme, de l'anéantissement de «l'acuité et de la vigilance de la pensée».

Bref, pour Augustin finissant et repentant, forniquer paralyse l'activité intellectuelle; il ne précise pas si l'inverse est nécessairement vrai.

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