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Michel Foucault ou le sexe à rebours

Une liberté merveilleuse...

PAR Marc Riglet | SOCIÉTÉ | 20 avril 2008
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Même si Paul Veyne, dans un bel hommage récent (Foucault, sa pensée, sa personne, Albin Michel, 2008), nous invite à ne pas nous méprendre sur la signification de l'œuvre de son ami et condisciple, il faut rappeler comment, en son temps, la gloire et le malentendu ont marché de conserve.

Quoiqu'il en ait ri sous cape, le philosophe, qui irritait les historiens par sa désinvolture et agaçait les sociologues par son inventivité, passait pour professer la quintessence de l'esprit de révolte soixante-huitard. Et il y avait de quoi s'abuser. Lorsque Michel Foucault montre, dans son Histoire de la folie à l'âge classique, que du regard scientifique sur les fous naît leur enfermement; lorsque, avec Moi, Pierre Rivière... et avec Surveiller et punir, il semble dénoncer une société guettée par la tyrannie de la transparence où chaque homme serait, comme dans le panoptique de Bentham, exposé à la surveillance de tous; lorsque, au grand dérangement des marxistes orthodoxes, il voit du pouvoir partout et tient pour finalement négligeable la conquête du pouvoir politique; comment, avec tout cela, n'aurait-il pas été porté sur le pavois dans le climat d'indignation incontinente qui prévalait alors? Il faut avoir en mémoire ce contexte pour comprendre pourquoi son Histoire de la sexualité dont le premier tome, La volonté de savoir, paraît en 1976, provoque l'effarement.

Alors qu'on attendait que Foucault reformule élégamment l'idée bien reçue que le sexe était réprimé et qu'il était plus qu'urgent de «jouir sans entraves», voilà qu'il taille en pièces ce qu'il appelle l' «hypothèse répressive» et qu'il se moque de ceux qui croient dur comme fer que le sujet du sexe est un sujet {«tabou».

«Caché le sexe? Dérobé par de nouvelles pudeurs, maintenu par les exigences mornes de la société bourgeoise? Incandescent au contraire. Il a été placé, voici plusieurs centaines d'années, au centre d'une formidable pétition de savoir. Pétition double car nous sommes astreints à savoir ce qu'il en est de lui, tandis qu'il est soupçonné, lui, de savoir ce qu'il en est de nous.»}

On devine à cette dernière assertion qu'il visait la psychanalyse dont il disait drôlement, pour l'avoir pratiquée: «On paie un tiers invisible et muet pour parler de son sexe et en connaître la vérité.» Une chose est sûre, en prenant à rebours la double vulgate du sexe opprimé et du freudisme, Michel Foucault partait merveilleusement libre à la recherche des sexualités perdues. Une mort trop tôt venue nous aura privés de son temps retrouvé.

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