Le sexe selon Lénine
Le sexe et le verre d'eau...
Quand il se piquait de philosopher, Lénine n'était pas si nul que ça. L'unique ouvrage qu'il commet, en 1908, dans ce registre, Matérialisme et empiriocriticisme, s'en prend à ceux qui, troublés par les remises en cause de la physique newtonienne, proposent de distinguer les «phénomènes de la matière» de la réalité matérielle «vraie».
Bien sûr, Lénine décèle dans cet «empiriocriticisme» un idéalisme qui ne dit pas son nom. A tout prendre, il préfère l'idéalisme radical de l'évêque Berkeley pour qui les choses n'existent pas en dehors de la connaissance qu'on en a! Mais ce qu'il faut aussi retenir de Lénine philosophe, c'est sa façon de philosopher. C'est peu dire qu'elle est brutale. Il ne se contente pas, en effet, de récuser avec brio les arguments des néo-idéalistes, il soutient que leur bévue théorique, professée dans son parti même, porte en elle une sorte de «dégénérescence» morale et politique. Bref, l'erreur philosophique est une faute politique.
Or, c'est cette même propension à la disqualification de «l'adversaire» que l'on retrouve dans le débat sur la question sexuelle. Elle agitera, un peu, l'Internationale communiste, au début des années 1920. On connaît la position de Lénine sur cette question grâce au témoignage de Clara Zetkin. Dans deux articles qu'elle donne aux Cahiers du bolchevisme (numéros 28 et 29, octobre 1925), elle évoque les conversations qu'elle eut, au Kremlin, avec le grand homme, peu de temps avant sa mort.
Au détour d'icelles, surviennent la question des femmes et, plus largement, celle de la «libération sexuelle». Clara Zetkin n'était insensible ni à l'une ni à l'autre. Elle n'était pas loin de penser, avec les «modernes», que l'amour pourrait bien n'être qu'un besoin physiologique qu'on devrait pouvoir satisfaire aussi simplement que la soif et la faim. Mais Lénine n'était pas du genre à laisser passer un tel relâchement «théorique»!
A quoi rimait, lui dit-il, cette «théorie selon laquelle la satisfaction des besoins sexuels [serait], dans la société communiste, aussi simple et sans importance que le fait de boire un verre d'eau»? Si le chef de la révolution mondiale s'en était tenu à soutenir, non sans pertinence, que l'acte sexuel n'est pas moins culturel qu'il est naturel, on aurait salué sa sagacité.
Hélas, il était aussi brutal comme sexologue que comme philosophe! Ce qui le conduit à des réflexions navrantes, comme celle-ci: «La Révolution exige la concentration des énergies [...] Elle n'admet pas l'excès des plaisirs sexuels qui est un défaut bourgeois, un symptôme de décomposition.» Ou encore, celle-là, inquiétante: «Cette théorie du verre d'eau, je la considère comme tout à fait antimarxiste et même antisociale.» Brrr, ça sent le goulag!
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