Le sexe selon Diderot
L'extase des religieuses...
Le philosophe s'est exprimé sur la sexualité dans de nombreux textes de statut et de style différents. Mais faut-il lire La religieuse, le Supplément au voyage de Bougainville, Le rêve de d'Alembert, les articles de l'Encyclopédie ayant trait à ce thème comme l'expression d'une doctrine bien unifiée sur ce qu'on n'appelait pas encore la sexualité?
Même si les réflexions de Diderot ne sont pas systématisées, quelques principes peuvent néanmoins en être dégagés. Diderot est matérialiste et, partant, il ne croit pas à la dualité du corps et de l'âme. Parler du corps ou des passions humaines revient donc à parler de la même réalité humaine sous deux angles différents.
Sans pour autant être un libertin, Diderot est un sensualiste pour qui la jouissance sexuelle n'est pas contre nature. Ce qui produit des comportements antinaturels et dépravés - comme l'homosexualité - est bien davantage d'enfermer l'innocence dans un couvent et de la livrer aux révoltes et aux agressions de la chair. Diderot dénonce d'ailleurs moins la contemption de la chair par les prédicateurs chrétiens que les effets funestes de la retraite et de l'enfermement sur des hommes et des femmes faits pour vivre en société. «Placez l'homme dans une forêt, il deviendra féroce; [...] dans un cloître c'est pis encore; on sort d'une forêt, on ne sort pas d'un cloître. [...] La misère avilit, la retraite déprave.»
Ces considérations morales n'épuisent pas les réflexions de Diderot sur le sexe. Le regard du physiologiste et la perspicacité du psychologue sont aussi à l'oeuvre dans la description anatomique des sexes féminin et masculin dans Le rêve ou encore dans celle de l'orgasme féminin dans La religieuse.
Suzanne Simonin raconte comment elle est entreprise par sa supérieure en rut: «La main qu'elle avait posée sur mon genou se promenait sur tous mes vêtements, depuis l'extrémité de mes pieds jusqu'à ma ceinture, me pressant tantôt dans un endroit, tantôt en un autre [...]; enfin il vint un moment, je ne sais si ce fut de plaisir ou de peine, où elle devint pâle comme la mort, ses yeux se fermèrent, tout son corps se tendit avec violence, ses lèvres se fermèrent d'abord, elles étaient humectées comme d'une mousse légère; puis sa bouche s'entrouvrit, et elle me parut mourir en poussant un profond soupir.» Finalement assez sensuel, Diderot, non?
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