Le philosophe moustachu et la jeune fille frigide
L'amour chez les libres-penseurs...
On sait que Nietzsche a mené une vie errante, d'hôtels de troisième catégorie en villégiatures de repos. L'apôtre du surhomme, l'apologue du type de l'athlète aristocratique a beau se présenter dans ses livres comme un homme en grande santé, il était surtout un homme constamment malade, souffrant de névralgies et d'ophtalmies à répétition qui l'obligeaient à demeurer des journées entières dans l'obscurité et à porter des lunettes à double foyer, parfois noires.
Allure inquiétante donc. Toutes les tentatives de son entourage pour le marier se soldèrent par des échecs. De taille moyenne (1 m 71), il s'estimait moins mal servi par la nature que nombre de ses pairs. Encore puceau à vingt-deux ans, il avoue à son médecin s'adonner régulièrement à l'onanisme. En fait, comme la plupart des hommes de ce temps, il a découvert le sexe au boxon, y contractant même, entre 1864 et 1869, une blennorragie. Masturbations solitaires et fututions* occasionnelles avec des odalisques de rencontre, voilà la vie sexuelle de Nietzsche.
Reste l'affaire avec Lou Andreas-Salomé. La rencontre est organisée par une amie commune dans la basilique Saint-Pierre de Rome. Elle est une jeune étudiante en philosophie un rien hystérique, lui, un philosophe moustachu, encore tout illuminé de son «expérience» de l'éternel retour. Coup de foudre? La jeune Russe d'origine allemande enflamme Nietzsche. «Fritz est amoureux fou», écrit sa sœur à une amie. Las! il est des jours où Cupidon s'en fout. Il a beau brûler de désir pour elle, elle se refuse à lui.
Lorsqu'elle consent à passer trois semaines avec lui (été 1882, à Tautenburg), il faut imaginer notre homme au supplice. Lou parle de tout, même de sexualité. Ils s'aiment «en libres-penseurs», mais pas de libertinage: la communion demeura platonique. S'en suivit un imbroglio à mi-chemin entre la tragédie sentimentale et le mélodrame familial. L'expérience sexuelle de Nietzsche s'est donc limitée aux bordels et aux gourgandines appointées.
Devenue dément (effet de la syphilis?), Nietzsche ne cessera de réclamer des femmes. Il ne saura jamais que Lou, mariée vierge au docteur Andreas, imposera à son mari une stricte abstinence sexuelle. La pomme tombe toujours sous le pommier.
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