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Diderot ou les butinages du mari libertin

il y a toujours «un peu de testicule au fond de nos sentiments les plus sublimes et de la tendresse la plus épurée»

PAR Jean Montenot | SOCIÉTÉ | 20 avril 2008
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Diderot n'est pas de ces philosophes que la bagatelle torture. L'auteur de l'article «jouissance» de l'Encyclopédie n'a pas rechigné à satisfaire le tempérament que la nature lui a donné. Certes, il fut un mari qui ne vécut guère avec son épouse, Nanette, «cette femme à l'âme féroce» qui multipliait les «orages domestiques» - «piegrièche et harengère qui ne montrait rien aux autres qui pût racheter sa mauvaise éducation», note sévèrement Rousseau dans les Confessions.

A la décharge de Mme Diderot, qui était certes un peu sotte et assez dévote, les nombreuses absences de Diderot dissimulaient bien quelques écarts - quoique un certain conservatisme, du point de vue domestique, faisait en réalité de l'auteur de La religieuse un bourgeois bien ordinaire plutôt qu'un libertin. «Un homme de lettres peut avoir une maîtresse qui fasse des livres; mais il faut que sa femme fasse ses chemises», lit-on dans Jacques le Fataliste.

Quand on sait que Nanette était à l'origine lingère! Pour libres et osés que soient ses écrits, celui qui déclare au début du Neveu de Rameau «mes pensées sont mes catins» ne prisait guère ces dernières: «Ah! Que la Vénus des carrefours m'est hideuse!» (à Sophie Volland, 20 avril 1762). Connaître le «sexe iduméen*» dans les petites maisons n'a «jamais été de [son] goût».

Contrairement à certains de ses amis plus matérialistes, il n'y a pas, à ses yeux, que le physique de l'amour qui soit bon: «Je ne puis souffrir, écrit-il en juillet 1757 à Falconet, en aucune circonstance qu'on mette l'homme à quatre pattes, ni qu'on réduise à quelques gouttes d'un fluide versé voluptueusement la passion la plus féconde en actions criminelles et vertueuses.» Néanmoins, il y a toujours «un peu de testicule au fond de nos sentiments les plus sublimes et de la tendresse la plus épurée» (à Damilaville, 3 novembre 1760).

Diderot s'est donc fait le dissipateur de son propre fluide, notamment auprès de celle qui fut le grand amour de sa vie, Louise-Henriette Volland, que Diderot a rebaptisée Sophie. Si certains interprètes, soucieux de maintenir Diderot du côté d'un moralisme rigoureux, ont pu mettre en doute qu'il fût l'amant de Sophie, d'autres ont tenté de montrer qu'entre Sophie et sa sœur, Mme Le Gendre - Uranie dans la correspondance -, il y eut quelques relations saphiques.

Cette bisexualité des soeurs Volland excitait l'imaginaire et la sensualité de Diderot à qui il arrivait de rêver, au moins à mots couverts, à la formation d'un trio dont il eût été l'invité permanent: «Je ne permets votre bouche qu'à votre soeur. Je ne souffre point, je dirai même que j'aime à lui succéder» (à Sophie Volland, 2 juin 1759).

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