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Géraldine Pailhas, L'insaisissable

Délicieuse en rebelle amoureuse dans Didine, de Vincent Dietschy, l'actrice nous dévoile son parcours, de son image de beauté glacée au plaisir jubilatoire de dire des gros mots à l'écran.

PAR Géraldine Catalano | CINÉMA ET DVD | 23 janvier 2008
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Difficile de la résumer à un genre de films : elle n'en refuse aucun. Drame (Le Garçu, L'Adversaire), comédie (Les Randonneurs, Le Coût de la vie), grosse production (Les Chevaliers du ciel) et même film fantastique (Les Revenants). Dans la vie, c'est un peu pareil. Au bar du Lutetia où elle a ses habitudes, Géraldine Pailhas offre tous les visages d'une trentenaire à l'aise avec ses contradictions. Il y a l'ancienne ballerine qui se raidit dès qu'on touche (un tout petit peu) à l'intime, la volubile qui éclate de rire au souvenir du tournage de la suite des Randonneurs (sortie en avril), la vulnérable qui revient sur les années difficiles qui ont précédé et suivi le tournage du Garçu. Cela fait beaucoup de personnages en une heure et demie d'interview, mais Géraldine Pailhas parle vite - aussi vite qu'elle enchaîne les Royale Menthol ultra-light, ce qui n'est pas peu dire - et bien. Puis elle s'en va, laissant derrière sa longue silhouette noire quelques jolies volutes.

En 2005, vous confiiez votre espoir qu'après Les Chevaliers du ciel certains projets se montent sur votre nom. Eh bien voilà, c'est fait.

Oui... Je me souviens d'avoir dit ça. J'ai très souvent partagé l'affiche avec de grands comédiens, mais sans jamais me trouver au premier plan. Depuis L'Adversaire, les choses s'accélèrent. Il faut croire que j'inspire plus les metteurs en scène en tant que femme qu'en tant que jeune fille [sourires]. Mais quand j'ai signé pour le film de Gérard Pirès, je n'avais aucune arrière-pensée. J'avais juste envie de retomber en enfance dans une grosse production, avec des héros beaux, bronzés, portant des Ray-Ban. Moi, j'incarnais l'énarque teigneuse bien antipathique. C'était notre James Bond à nous !

On est loin de l'univers intimiste de Didine. Cela fait quoi d'être omniprésente à l'écran ?

Pour être tout à fait honnête, cela fait bizarre. Je suis sortie de la projection un peu perturbée, en me demandant pourquoi ça n'était jamais arrivé avant, mais aussi si les gens allaient me supporter pendant une heure et demie. Et pourtant, ce rôle, j'ai su très vite que c'était le mien. J'étais prête.

Avec ses robes à fleurs et son visage très peu maquillé, Didine semble pourtant très éloignée des héroïnes sophistiquées qui jalonnent votre filmographie.

Oui, j'étais d'ailleurs très étonnée que Vincent [NDLR : Vincent Dietschy, le metteur en scène] pense à moi pour jouer une femme aussi peu « finie ». D'habitude, je suis la femme froide, décideuse. J'aimais le côté gaffeur de Didine et l'idée de ne pas être, pour une fois, le personnage sérieux de l'histoire.

{{ Didine semble accepter son destin. Etes-vous aussi fataliste qu'elle ?}}

Non, pas du tout. Je n'attends pas le regard d'un réalisateur pour exister. Quand j'ai un désir, je me donne les moyens de l'accomplir. J'aime bien qu'on vienne me chercher. Je n'ai jamais passé un coup de fil à un metteur en scène. Mais aujourd'hui, je pourrais le faire. Pour revenir à Didine, elle déteste les conflits, mais je ne la trouve ni passive ni défaitiste. Elle est insaisissable. Elle refuse qu'on l'attrape et reste une énigme pour son entourage.

{{ Vous non plus, on ne vous connaît pas beaucoup, malgré un césar du meilleur espoir [en 1992, pour La Neige et le feu, de Claude Pinoteau] et déjà quinze ans de carrière.}}

C'est vrai, le public me connaît surtout à travers mes rôles. C'est un peu de ma faute... Je n'ai pas vraiment joué le jeu au moment où on voulait que je le fasse et, à force de sentir un terrain aride, j'imagine que les journaux se sont un peu lassés. Mais c'est plus fort que moi : je suis moins inquiète qu'avant quand je donne des interviews, je ne pense pas être particulièrement pudique, mais je ne peux pas m'empêcher de protéger mon territoire.

On peut quand même évoquer cette première collaboration avec votre compagnon, Christopher Thompson. C'est facile de donner la réplique à l'homme dont on partage la vie ?

C'est un peu bizarre, mais très agréable. On était très épanouis l'un et l'autre, on s'est bien amusés. Nos personnages étaient tellement éloignés de nous-mêmes que l'on arrivait à oublier notre proximité.

Le nom de Maurice Pialat, avec qui vous avez tourné Le Garçu, revient souvent dans vos interviews. On a l'impression qu'il y a un avant et un après.

C'est évident. J'ai posé un jour la question à Sandrine Bonnaire, mais je ne crois pas qu'elle ait vécu les choses de la même manière que moi. Pendant longtemps, le regard de Pialat m'a manqué, m'a entravée, même. Je me demandais quel jugement il portait sur mes choix. Quand je lui en parlais, ça le faisait rire, d'ailleurs [sourires]. Avant lui, j'étais dans une période de recherche. J'avais rencontré mon agent à 16 ans et tourné très vite dans des téléfilms. C'était comme si on m'avait attendue. J'étais une enfant gâtée, et pourtant, les trois années qui ont précédé Le Garçu m'ont paru interminables. Après le Pialat, j'avais l'impression qu'on ne me proposerait jamais rien d'aussi bien. C'est L'Adversaire, puis Le Coût de la vie qui ont tout changé.

Pour quelles raisons ?

L'Adversaire correspond à une période de ma vie où j'étais plus en place. Le Coût de la vie aussi était important car j'avais dû me battre pour obtenir le rôle. D'habitude, je n'aime pas trop passer des essais, mais là, j'avais relevé le défi en y prenant beaucoup de plaisir.

On attend avec impatience Les Randonneurs à Saint-Tropez. Quel souvenir gardez-vous du tournage du premier épisode ?

Ça me paraît si loin ! A l'époque, on était tous très timides. Benoît, surtout, qui ne se sentait pas encore comédien. Moi, je me posais trop de questions. J'avais encore peur qu'on me confonde avec mon personnage. Et cette fille tellement parfaite qui s'amourachait d'un crétin, j'avais quand même un peu de mal à l'aimer [rires].Pour le deuxième, en revanche, on s'est tous vraiment régalés. Il nous a fallu onze ans pour convaincre Philippe Harel de le tourner, alors on n'a pas boudé notre plaisir.

Cet aller-retour constant entre cinéma d'auteur et films grand public, c'est un choix du coeur ou de la raison ?

Du coeur. J'ai toujours aimé le cinéma populaire. Je vais voir beaucoup de films, et du moment que le réalisateur fait preuve d'un minimum de goût pour son art, je peux tout voir. Je ne rate jamais un film avec Bruce Willis, par exemple. J'adore aussi les comédies américaines un peu trash. Dodgeball, Serial Noceurs, ou Supergrave, ça me fait hurler de rire.

En fait, vous êtes beaucoup plus rigolote que vos personnages.

Mais oui ! Les gens qui me connaissent ne me trouvent pas du tout froide. Je suis très bavarde, assez gaie. Petite, je ne tenais pas en place, je parlais à cent à l'heure. Quand mon père voyait une actrice à la télévision, il me disait toujours : regarde, elle s'exprime bien, elle ne gigote pas, elle ! {{ Vous êtes aussi très douée pour jurer à l'écran. Dans Je pense à vous, de Pascal Bonitzer, vous vous en donnez à coeur joie.}}

Oui, j'insulte bien [sourires].J'aime bien les apparences trompeuses. Sortir une horreur dans un contexte très policé, c'est jubilatoire. Dans la vie, d'ailleurs, je suis assez grossière. {{ On a l'impression que vous vous amusez beaucoup plus qu'avant dans votre métier.}}

Indéniablement. Il n'y a plus autant d'écart entre mes rôles et moi. Tout est plus léger, tourné vers le plaisir. A force de labourer ma terre, j'ai enfin acquis la certitude de ne pas être là par hasard. J'ai appris à m'accepter avec mes qualités, mes imperfections. Mais ça a pris du temps ! { Propos recueillis par Géraldine Catalano}

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