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Le Français dévoyé

La Mégère apprivoisée de Shakespeare, mis en scène par Oskaras Korsunovas, confirme une baisse de niveau navrante des productions de la Comédie-Française.

PAR Lire | CARNET CRITIQUE | 7 février 2008
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En mai 1968, après avoir expulsé Jean-Louis Barrault et sa Compagnie, nos révolutionnaires aux cheveux longs s'emparaient du Théâtre de l'Odéon pour y tenir leurs assises permanentes. Ils placardaient la façade du monument cher à l'impératrice d'un grand calicot : « L'Odéon est ouvert. »

La Comédie-Française est victime aujourd'hui d'une mésaventure similaire : dévoyée, occupée ou plutôt squattée par des metteurs en scène venus d'ailleurs qui s'ingénient à massacrer les chefs-d'oeuvre dont ils ont la charge. Dernier épisode de cette ravageuse campagne, une Mégère apprivoisée de Shakespeare confiée au Lituanien Oskaras Korsunovas, et transformée en une cavalcade sans grâce, avec de vieux trucs de mise en scène pour en souligner la pauvreté. D'une troupe qui ne manque pas de talentueux comédiens, on a choisi une jeune femme avec qui la Catarina, au lieu d'être une magnifique virago, devient une gamine qu'une paire de gifles dompterait.

La saison de la Maison de Molière avait commencé avec un Mariage de Figaro également misérabiliste dont le rôle-titre est tenu par un acteur trop jeune et léger pour se lamenter de façon crédible sur la cruauté des femmes. Le misanthrope du « patron », qui sera repris ce mois-ci, est devenu un drame naturaliste avec un Alceste se roulant par terre et une Célimène dépourvue de séduction.

Molière est particulièrement endommagé par ses héritiers. Au théâtre du Vieux-Colombier, deuxième salle de la Comédie-Française, Les précieuses ridicules, sous la poigne du metteur en scène britannique Dan Jemmett, avaient quelque chose de pathétique, incarnées, ainsi que leur partenaire masculin, par les doyens de la maison. Il faut remonter des années en arrière pour se souvenir d'une oeuvre de Molière, Le malade imaginaire, superbement montée par un metteur en scène disparu depuis, Claude Stratz, qui ne prétendait pas superposer son discours à celui de l'auteur. Il est désolant de voir le plus ancien, le plus illustre et le plus richement doté de nos théâtres tomber si bas. Certes, la Comédie-Française est un théâtre vivant, marchant avec son temps. Mais elle a pour mission première de faire aimer les chefs-d'oeuvre du patrimoine dramatique. Un détail : ni Racine, ni Corneille, ni Marivaux, ni Musset ne sont à l'affiche des trois salles du Français.

Mais après tout, mieux vaut ne pas les jouer que les souiller ou les trahir.

Comédie-Française, place Colette, Paris 75001. En alternance : La mégère apprivoisée de Shakespeare, Penthésilée de Kleist, Le mariage de Figaro de Beaumarchais, Le misanthrope de Molière.

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