Christian Bourgois par ses auteurs
L'éditeur parisien, disparu le 20 décembre dernier, fut un demi-siècle durant un farouche dénicheur de talents, celui qui révéla en France Jim Harrison ou Douglas Cowie, parmi tant d'autres. Témoignages.
JIM HARRISON : "Christian Bourgois fut, pendant vingt ans, mon éditeur bien-aimé, et certainement le meilleur éditeur du monde. Il avait un tel bon goût, une telle sagesse dans le choix de ses auteurs ! Au fil des ans, nous avons souvent voyagé ensemble. Pourtant, mon français était mauvais, son anglais également, mais nous parvenions toujours, d'une façon ou d'une autre, à communiquer. Cela n'était possible que parce qu'il savait parler de littérature, là où bien d'autres n'ont rien à dire. Il savait que la littérature était plus importante que l'argent. C'était pour moi un homme extraordinaire, un vrai gentleman, très antique dans ses habitudes et ses comportements. Il ne savait même pas conduire ! Il me disait : pourquoi conduire quand un autre peut le faire et nous laisser le temps de lire ? A bien des égards, il appartenait déjà à un temps révolu, bien différent de la folie du monde actuel."
DOUGLAS COWIE : "Il correspondait presque parfaitement à l'image que je me faisais d'un éditeur littéraire. Il y avait quelque chose dans sa posture, ses gestes, qui me donnait le sentiment que j'étais face à quelqu'un qui savait ce qu'était la littérature, et qui représentait à bien des égards la « vie littéraire ». La première fois que nous nous sommes rencontrés, je me suis assis dans son bureau et il m'a parlé d'Allen Ginsberg. En l'écoutant, en regardant la grande peinture derrière lui, et la tour Eiffel par la fenêtre, je sentais qu'il y avait là une réelle connexion avec mes passions et mes rêves de jeunesse, une connexion que Christian Bourgois portait et symbolisait tout à la fois. J'ai senti avec lui que l'histoire de la littérature n'était pas que de l'histoire, et qu'en publiant, avec sa femme, des livres qui n'étaient pas seulement bons, mais des livres qui étaient importants pour lui, il facilitait la conversation entre écrivains et lecteurs, puis entre lecteurs et autres lecteurs. Il m'a montré pourquoi cela importait. Voilà le souvenir que j'ai de lui et de ce qu'il représente : un homme assis dans un petit bureau d'éditeur à Paris, qui me parle de littérature américaine. "
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