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Prose ou ver(s), Monsieur Jourdain ?

Ce qui est prose est parfois ver...

PAR Pierre Doridot | LES NANARS | 8 septembre 2009
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Classica

Ecrire dense et court n’est pas une tâche si facile. L’écriture doit être lisible, c’est-à-dire simple, active et mémorisable. Les mots utilisés doivent être précis, faire mouche et susciter des images mentales. Le rédacteur s’interdira les termes vagues, approximatifs ou impropres. Les commentaires qui accompagnent les superbes disques sélectionnés « Révisez vos classiques » de A à Z publiés dans le quotidien Le Monde cet été sont un modèle du genre. Un exemple :


Schubert : Quintette / Rostropovich
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Mozart : La Flûte enchantée / Solti
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Liszt : Sonate en si m / Zimerman
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Chostakovitch : Podrugi
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SCHUBERT : QUINTETTE D.956
Mstislav Rostropovich

Schubert a une manière particulière de dire la douleur. Il le fait en familier, interrogeant sa propre fin, sans pathos excessif, placé dans cette extrémité de regard qu’a le vivant sur lui-même à sa fin. Pourtant dans les ultimes réflexions de ce Quintette D.956 (opus posthume), on a le sentiment que le jeune homme de 25 ans qu’est alors Schubert, éminemment conscient de son état, ne voit pas le monde au travers du filtre de sa propre fin, mais filtre au contraire cette fin par l’image de la continuité du monde. Aussi n’y a-t-il jamais de repli sur soi chez Schubert, mais un regard élevé et juste se promenant avec l’aisance aimante du souvenir.

Au petit jeu de Monsieur Jourdain et son maître de philosophie sur les diverses manières dont on peut mettre les mots dans une phrase comme
« Belle Marquise, vos beaux yeux me font mourir d'amour. :
Ou bien : D'amour mourir me font, belle Marquise, vos beaux yeux.
Ou bien : Vos yeux beaux d'amour me font, belle Marquise, mourir.
Ou bien : Mourir vos beaux yeux, belle Marquise, d'amour me font.
Ou bien : Me font vos yeux beaux mourir, belle Marquise, d'amour.»,
nous sélectionnons cette portion de phrase :
« Schubert ne voit pas le monde au travers du filtre de sa propre fin, mais filtre au contraire cette fin par l’image de la continuité du monde »,
ce qui peut donner :
Au travers du filtre de sa propre fin, Schubert ne voit pas le monde, mais filtre au contraire cette fin par l’image de la continuité du monde.
Ou bien : Du filtre de sa propre fin, Schubert ne voit pas le monde au travers, mais filtre au contraire cette fin par l’image de la continuité du monde.
Ou bien : Ne voit pas le monde, Schubert du filtre de sa propre fin au travers, mais filtre au contraire cette fin par l’image de la continuité du monde.
Ou bien : De sa propre fin, du filtre Schubert ne voit pas le monde au travers, mais filtre au contraire cette fin par l’image de la continuité du monde.

D’autres petits trésors rédactionnels ont été notés pour vous :

MOZART : LA FLÛTE ENCHANTÉE
Sir Georg Solti

La symbolique maçonnique de La Flûte enchantée, sur laquelle on s’attarde parfois, n’est peut-être pas le niveau de profondeur ultime de perception de l’œuvre. Certes, Mozart était humaniste et aspirait à un idéal de connaissance tel que ses frères de loge lui avaient enseigné, mais à trop chercher le symbole on risque d’oublier la spontanéité quasi ludique d’un singspiel écrit pour distraire des auditeurs de toutes origines sociales et de tous âges. Outre la beauté de la musique, c’est peut-être dans ce non-élitisme que Mozart approche au plus près de son idéal d’omniscience et d’universalité fraternelle. Ici les voix et l’orchestre surgissent dans une égale clarté, avec une pureté minérale qui sied à cette fastueuse cérémonie mozartienne.

LISZT : SONATE EN SI MINEUR
Krystian Zimerman

Krystian Zimerman a fait le choix d’un programme cohérent et courageux où tout n’est pas joué dans le seul éclat de la virtuosité. Car si la Sonate en si mineur est ponctuée d’élans vertigineux, elle s’enracine avant tout aux fondements intimes de la grammaire musicale de son compositeur…

Bravo, on en redemande !!!

L’« INTERNATIONALE » SUR LES ONDES
Petit bijou nanaresque de 1’45”, inséré dans un disque remarquable (Chostakovitch, Musique du film « Podrugi », Naxos 8572138, cf. Classica n° 114), la plage 14 nous livre une version de l’« Internationale » pour ondes Theremine. Un collector ! Pour info, sachez que les Ondes Theremin sont l’ancêtre du synthétiseur et inventés par Léon Theremin, peu après la révolution russe de 1917. Ayant eu la chance de faire une démonstration convaincante à Lénine, son instrument fut immédiatement promu par le nouveau pouvoir. Lénine prit des leçons de thérémine, et en commanda 600 exemplaires afin qu’ils soient distribués partout en URSS. Léon Theremin fut envoyé en tournée mondiale, comme ambassadeur de la nouvelle technologie soviétique… s’installa aux Etats-Unis et concéda les droits de production de l’instrument à RCA. Léon Theremin continua ses recherches et inventa de nouveaux instruments : le rhythmico, le terpistone (générateur sonore contrôlé par le mouvement de danseurs, le thérémine à clavier et le violoncelle thérémine (autant d’instruments de musique à ne pas confondre avec des instruments de ménage). En 1938, Léon Theremin fut kidnappé par des agents soviétiques qui le renvoyèrent dans son pays natal, via la Sibérie, où on le fit travailler sur d’autres sujets de recherche en électronique. Il sera plus tard réhabilité et pourra retourner aux États-Unis avant sa mort en 1993.

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