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Musiques de chambre

Tout n’a pas été dit sur Haydn, Schubert, Schumann et Brahms. Leurs chefs-d’œuvre continuent heureusement de tenter les musiciens et les éditeurs de disques…

PAR Antoine Mignon | LES BRÈVES | 23 juillet 2009
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Utilisant des cordes en boyau et requérant le vibrato avec parcimonie, le Quatuor Terpsycordes propose des versions expurgées de prétentions symphoniques dans les Quatuors « Rosamonde » et « La Jeune Fille et la Mort » de Schubert. Leur grande qualité de réalisation, basée sur un soin du détail étonnant et une homogénéité polyphonique sans faille, fait l’incontestable réussite de ce disque, qui a le mérite de ne pas proposer « une version de plus ». Dans une optique classique, équilibrée et engagée, les Terpsycordes se montrent admirables et il serait intéressant de les retrouver dans une audition en aveugle. Mais peut-être leur relatif manque d’abattage et d’efficacité dramatique seraient-ils alors mis en exergue. Toujours est-il qu’ils nous offrent un très bon enregistrement, dans des œuvres pourtant rabâchées.
Ricercare RIC 272, 2007, 77’, note ★★★ Écouter et télécharger


Gérard Poulet (violon) et Ludmilla Berlinskaïa (piano) proposent de satisfaisantes versions des Sonates de Mendelssohn, Janácek et Richard Strauss. Celle de Mendelssohn, retrouvée en 1953, a fière allure mais se montre un rien courte de son au violon. La Sonate de Janácek mériterait quant à elle plus de liberté dans la narrativité ; mais l’humeur y est très bonne, même si l’archet n’est pas toujours assez aérien. Au contraire, c’est un poids supplémentaire, une accroche de corde plus pleine que l’on attendrait dans la Sonate de Strauss. Mais là aussi, le caractère y est excellent. La pianiste est de bout en bout attentive au violoniste, mais sa poigne de fer gagnerait à un rien de tendresse supplémentaire.
Saphir LVC 1087 - 2007-2008 - 67’ - Note ★★★ Écouter et télécharger


Ilia Korol (violon) et Norbert Zeilberger (pianoforte) ont le mérite de proposer la première version pour violon et piano des Sonates op. 16 d’Onslow, auteur d’un catalogue de musique de chambre considérable et à ce jour presque totalement ignoré. Néanmoins, ils montrent un jeu très prosaïque et manichéen, manquant cruellement de mœlleux et de finesse dans la sonorité. Cette vision un peu brute des œuvres ne rend que partiellement justice au compositeur pourtant non dénué de talent, car contrairement au titre du disque (“Moderntimes_1800”), les deux musiciens tendent à démontrer un certain archaïsme de composition.
Challenge Classics CC72196 - 2007 - 75’ - Note ★★


Les Buchberger alternent le bon (Op. 77 et 103),
le très bon (Op.71, Op.74 (Ecouter et télécharger), Op.20)
et l’excellent (Op. 9, 33 et 42) dans leur intégrale des quatuors à cordes de Haydn.


Le sixième volume consacré aux Quatuors op. 1 et 2 du jeune compositeur relève du meilleur cru. Leur capacité à dynamiser une forme encore scolaire et systématisée tout comme à transmettre la merveilleuse imagination de Haydn est prodigieuse. L’engagement déployé est saisissant, et la générosité sonore emporte l’adhésion, comme c’était déjà le cas pour l’Opus 9.
Brilliant Classics 3 CD 93650 - 2007 - 177’ - Note ★★★★ Écouter et télécharger
L’Opus 17 est à peine moins réussi : leur liberté de ton et leur sens narratif fonctionne à merveille. On pourra toutefois leur reprocher une certaine épaisseur polyphonique : cette dernière étant plus développée que dans les opus précédents, on attendrait un travail contrapuntique plus ciselé et équilibré. Mais le sublime mouvement qui se dégage de leur interprétation ravira tout un chacun.
Brilliant Classics 2 CD 93760 - 2007 - 120’ - Note ★★★ Écouter et télécharger
Le même reproche pénalise davantage l’Opus 64 : le trait est bien épais pour révéler toutes les finesses de l’écriture haydnienne. L’énergie, la générosité sonore ne suffisent pas : il nous manque une polyphonie plus hiérarchisée et des articulations plus précises. Néanmoins, la musique respire et se montre très expressive, ce qui est déjà beaucoup.
Brilliant Classics 2 CD 93863 - 2007 - 115’ - Note ★★★

Le Trio Storioni nous offre deux Trios pour piano de Brahms (op. 8 et 87) de haute tenue, à la grande qualité de réalisation. La sonorité pleine mais sans lourdeur de l’ensemble est parfaite pour livrer l’écriture profonde du compositeur. L’homogénéité instrumentale est assurément l’une de leurs principales qualités, mais se révèle parfois aussi légèrement étouffante dans cette polyphonie intense : on aimerait parfois quelques moments plus hiérarchisés, où tel ou tel instrument prendrait momentanément le dessus, car la densité permanente livrée par les Storioni finit en effet par lasser. Ils se montrent néanmoins comme l’un des trios sur lesquels il faut compter.
PentaTone PTC 5186 328 - 2007-2008 - 64’ - Note ★★★


Jouer sur « instruments d’époque » n’a de sens que si l’on a quelque chose à dire, particulièrement dans des œuvres à la discographie abyssale, car le timbre seul ne fait pas une interprétation. C’est précisément le problème d’Ilia Korol (violon) et Natalia Grigorieva (pianoforte) qui se lancent dans les trois Sonates pour violon de Brahms sans idée interprétative particulière. Leur lecture n’est pas déméritante, et on peut y trouver quelques moments agréables (cela reste du Brahms). Mais pourquoi enregistrer ces chefs-d’œuvre si l’on n’a rien à proposer ?
Challenge Classics CC72194 - 2007 - 64‘ Note ★★


Carolin Widmann (violon) et Dénes Varjon (piano) ont la malchance d’enregistrer après Kremer/Argerich (DG), Schwarzberg/Leschenko (Avanti) ou Landgraf/Koch (Genuin), qui ont tous proposé des versions originales, abouties et passionnantes des Sonates pour violon de Schumann. Pourtant, l’élan est bon, l’humor schumannienne correctement rendue. Les deux musiciens semblent néanmoins ne pas aller au bout de leur démarche, entre recherche sonore héritée du baroque (peu de vibrato au violon) et emportement romantique. On regrettera au passage la pédale bien lourde du pianiste. Le résultat manque ainsi de construction, d’unité et d’assurance dans la vision de ces œuvres. Pour qui veut les trois sonates du compositeur sur un disque unique, cet enregistrement s’avère toutefois recommandable.
ECM « New Series » 2047 - 2007 - 72’ - Note ★★ Écouter et télécharger


Laborieux, scolaire, à l’intonation parfois approximative, voilà les qualificatifs qui viennent immédiatement à l’esprit à l’écoute des œuvres complètes pour violoncelle et piano de Schumann par Klaus Storck (violoncelle) et Aya Ishihara (piano) : laborieux, car les tempos choisis sont plus proches du déchiffrage que du concert ; scolaire car faire fi à ce point de tout sentiment improvisé, de tout élan expressif témoigne non seulement d’une connaissance toute relative du compositeur, mais également d’une distance incroyable avec le caractère intrinsèque des œuvres. Qui peut en effet trouver dans les Fantasiestücke op. 73 exécutées ainsi toute trace de fantaisie ? Il s’agit d’une mise en place honorable, sans plus.
MDG 903 1544-6 - 2008 - 68’ - Note

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