Être fidèle à la musique |  Aide

Duos, trios, quatuors, quintettes tous azimuts

Beaucoup de sorties discographiques, mais aucune ne modifie ni ne bouscule la discographie.

PAR Antoine Mignon | LES BRÈVES | 10 novembre 2008
Réagir
Classica











Le très talentueux clarinettiste français Nicolas Baldeyrou réunit quelques amis de la jeune génération pour nous livrer un disque Mozart avec le Trio des Quilles K. 498, l’Adagio pour deux clarinettes et trois cors de basset K. 411 et le Quintette pour piano et vents K. 452. La sonorité de la clarinette est charnue, suave, précise et délicate, sans tomber dans le « joli son » permanent. L’Adagio se révèle excellent d’écoute et de fusion des timbres. En revanche, le Trio et le Quintette montrent les faiblesses d’ensemble des jeunes musiciens, à la belle technique mais au jeu « de chambre » trop prosaïque, romantique et manquant d’imagination (Intrada 031. 2007. 47’. Note 7).

Les Quatuors « à Haydn » de Mozart sont les témoins d’une richesse d’écriture et musicale jusque-là inapprochée par le compositeur. Les quatre jeunes femmes du Quatuor Klenke n’en rendent que bien partiellement compte dans leur enregistrement. Si leur entente est bonne et leur travail d’ensemble satisfaisant, l’impression d’inaboutissement domine. Sans charme sonore particulier, elles semblent se contenter d’une approche neutre, bien trop simple pour révéler la profondeur de ces chefs-d’œuvre. On attend davantage de finesse dans l’exécution polyphonique, dans les palettes dynamiques et de couleurs, dans l’expression des lignes musicales. Ainsi traitées, les partitions ne sont que l’ombre d’elles-mêmes (Profil 3 CD PH040325. 2004-2005. 2 h 54’. Note 5).

Le Quatuor Klenke traite Les sept dernières paroles du Christ sur la croix de Haydn comme les Quatuors de Mozart : leur volonté, louable, est de proposer une lecture la plus objective, fidèle, simple possible. Mais tout ce qui fait le supplément d’âme nécessaire à toute la musique est absent de ce disque. Certes, l’homogénéité est là, le travail d’ensemble est fait, mais Dieu que l’on s’ennuie ! Scolaire, sans puissance dramatique, leur lecture ne tient pas par manque d’engagement physique et émotionnel. Et en aucun cas leur sonorité assez banale n’arrive à faire la valeur de leur interprétation. Ce n’est pas ascétique ni dépouillé, mais décharné, comme les silences, creux, en témoignent. Le Quatuor Klenke se tromperait-il de répertoire ? (Berlin Classics 0016312BC. 2006. 74’. Note 5).

Terje Tonnesen a eu l’idée d’arranger les cinq derniers Quatuors de Beethoven pour orchestre à cordes : « j’ai tenté de renforcer le contraste entre les parties puissantes et celles qui sont empreintes d’intimité en faisant jouer ces dernières en solo, à la manière du concerto grosso. ». Ce « renfort » alourdit et caricature l’écriture de Beethoven, transformant ces chefs-d’œuvre en brouillons vulgaires. « Quatre instruments sont trop peu pour tant de grandeur » nous dit le violoniste ; à l’écoute de cet enregistrement, on ne peut qu’être convaincu du contraire (Altara classic 3 CD ALT1024(3). 2001-2006. 3 h 15’. Note 3).

Après des Trios de Mozart bien réalisés mais assez scolaires et sans grand intérêt dans la discographie, le Trio Gryphon s’attaque aux sommets du genre que sont les Trios de Schubert. Si l’on retrouve leur bon équilibre instrumental, une sonorité homogène, un élan commun, on ne peut ici aussi qu’être déçu par l’absence d’originalité dans l’approche de ces partitions rabâchées. Sans grand défaut, leur interprétation évite toutefois les écueils (point de symphonisme de mauvais aloi dans le Premier Trio D. 898). Il en faut toutefois beaucoup plus pour prétendre avoir une place dans la discographie surchargée (Analekta 2 CD AN29855-6. 2006. 1 h 34’. Note 5).

Les sœurs Labèque reviennent aux fondamentaux du duo pianistique avec les chefs-d’œuvre que sont la Fantaisie D. 940 et l’Andantino D. 823 de Schubert, et la Sonate en ré majeur K. 448 de Mozart. Bien entendu, l’entente est évidente, bien qu’on perçoive une nette différence d’articulation entre les deux sœurs, articulation qui manque par ailleurs souvent de régularité. La Fantaisie pèche par excès : les contrastes sont trop vifs, les exagérations de toutes sortes trop présentes. Quant à la Sonate de Mozart, elle souffre donc de ce legato défaillant car irrégulier, et de ces quelques tics interprétatifs qui ne servent aucunement l’œuvre. D’honnêtes versions pour les amoureux des deux créatures (KML KML1117. 2007. 66’. Note 6).

Le Trio Magellan nous propose une honnête version des Trios de Mendelssohn, ne tombant pas dans les pièges que d’autres plus capés n’ont su éviter. Les trois jeunes musiciens évitent la surenchère virtuose et sonore et nous livrent une interprétation où chaque instrumentiste est à l’écoute de l’autre, sans que le piano ne s’engage vers un galop concertant, sans que le violon ne tire la couverture à lui. Une bonne version, donc, et prometteuse quant à l’avenir de ce trio, malheureusement supplantée par des musiciens d’un autre calibre, et surtout plus expérimentés (Stern/Istomin/Rose (Sony) notamment) (Explora Concept EC006. 2007. 57’. Note 7).

Jon Manasse est un bon clarinettiste, à la sonorité belle et au jeu sensible. Mais il faut plus pour proposer aujourd’hui un enregistrement des deux Sonates pour clarinette et piano de Brahms. On regrettera donc avant tout une interprétation peu originale, dominée par un piano large et puissant, légèrement claquant par moments. Si le duo dialogue de très belle façon, tout en complémentarité de sonorités, il privilégie trop le rendu sonore sur la motricité des œuvres, qui manquent alors de rigueur architecturale, d’impulsions rythmiques. De belles Sonates tout de même, mais comme tant d’autres… (Harmonia Mundi USA HMU907430. 2007. 44’. Note 6).

Le Trio de Jerusalem cherche dans les Trios op. 8 et 87 de Brahms à éviter toute surenchère sonore, tout symphonisme, et y parvient. Privilégiant des tempos plutôt lents, ils mettent en valeur la poésie intérieure des œuvres, avec une autorité satisfaisante. Mais à trop vouloir donner une sorte de spiritualité aux partitions, on en perd quelque peu l’architecture et la force dramatique. Une version vraiment intéressante, qui montre le talent musicien des trois artistes, mais qui n’arrive pas à convaincre totalement (Dorémi DDR-71132. 1998. 64’. Note 7).

Après un premier volume consacré aux Quatuors op. 25 et 60 de Brahms, Prisca Benoit, Roland Daugareil, Christophe Poiget, Michel Michalakakos et Roland Pidoux poursuivent leur cycle avec l’Opus 26 et le Quintette avec piano op. 34. La prise de son, toujours aussi plate, accentue le manque d’intérêt des interprétations. Ces œuvres abondamment enregistrées méritent mieux qu’une honnête lecture entre amis. La fadeur de la sonorité des cordes, manquant d’homogénéité, et la massivité sonore aux endroits les plus véhéments des partitions achèvent de nous décevoir. Un enregistrement sans intérêt (BNL 112948. 2006. 80’. Note 5).

 Lire aussi
Soyez le premier à réagir
sur cet article !

Fil d'actualités