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Archives d’orchestres

Quelques rééditions de bandes oubliées, mais aussi de splendides prises sur le vif, certaines inédites, nous font redécouvrir de grands noms de la baguette.

PAR Stéphane Friédérich | LES BRÈVES | 19 février 2010
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Classica

Dimitri Mitropoulos dirige l’Orchestre symphonique de la Radio de Cologne dans Don Quichotte (Alwin Bauer violoncelle et Paul Schroer, alto) et Also sprach Zarathustra de Strauss. La captation est excellente. Bien que le violoncelle de Bauer ne soit pas d’une justesse idéale, que de moments extraordinaires ! Nous assistons à un véritable “opéra sans paroles” avec des scènes burlesques d’une vivacité et d’une folie belliqueuse stupéfiantes. Mieux enregistré qu’à Salzbourg avec le Concertgebouw d’Amsterdam (Q. Disc, 1958), Also sprach Zarathustra est l’un des plus hallucinés que nous ayons entendus. La conception à la fois brutale, épique, charnelle de Mitropoulos envoûte de bout en bout. À connaître absolument.
Medici Arts MM035-2 - 1959 - 75’ - ★★★★

Dans une stéréo remarquable pour l’époque, le programme Sibelius dirigé par Adrian Boult mérite d’être redécouvert. Il reprend les bandes Nixa de 1956 qui furent rééditées chez Vanguard. Boult dirige le Philharmonique de Londres dans Finlandia, Tapiola, Les Océanides, Chevauchée nocturne et Lever de soleil, La Fille de Pohjola et le Prélude de La Tempête (celui-ci déjà paru dans la collection « Great Conductors » d’EMI). Boult se concentre sur les contrastes harmoniques et rythmiques ainsi que les équilibres sonores. Il porte moins d’attention aux couleurs et aux détails. Sa lecture lyrique et acérée est d’une parfaite lisibilité. Depuis, bien des versions ont apporté des éclairages beaucoup plus fouillés. Mais, ce témoignage n’a rien perdu de son charme.
Somm CD 093 - 1956 - 69’ - ★★★


Les symphonies avec l’Ouverture Manfred ainsi que L’Ouverture, Scherzo et Finale de Schumann par l’Orchestre philharmonique d’Israël et Paul Kletzki sont tout aussi passionnants. Ces bandes de 1956 originellement EMI sont bien restaurées par Doremi. On goûte la saveur d’interprétations aussi toniques. Avec Kletzki, qui n’accorde guère de place à la recherche de couleurs, les musiciens sont poussés dans leurs derniers retranchements. Les solistes des bois sont à la limite du décrochage et le chef doit à plusieurs reprises ralentir le tempo dans les mouvements extrêmes des symphonies. Cette intégrale sanguine complète habilement les versions éparses de l’époque, qu’il s’agisse de Furtwängler, Paray, Kempe, Mitropoulos, du jeune Maazel, Schuricht, Szell…
Doremi 2 CD 7860/1 - 1956 - 2 h 34’ - ★★★
Écouter et télécharger - Disponible en qualité CD (LossLess)


Le Don Quichotte de Strauss que réédite Archipel n’a pas la même qualité sonore ! Dans une mono fatigante de 1958, Hans Knappertsbuch dirige le Philharmonique de Munich. Des baisses de tension dans l’orchestre mettent en péril l’ensemble et le jeu du violoncelliste Fritz Kiskat et de l’altiste Siegfried Meinecke. Que d’imprécisions également dans la Seconde Suite des Danses Antiques de Respighi ! Le son très vieillot et un public bruyant gâchent notre plaisir malgré l’énergie de la direction. Le Scherzo de Pfitzner avec les mêmes interprètes est étonnamment mieux enregistré. Knappertsbusch en restitue la verdeur très mendelssohnienne avec un panache certain.
Archipel ARPCD 0429 - 1957 - 1958 - 72’ - ★★


On pensait que toutes les archives sonores des nombreux concerts du Grand Orchestre de Radio Paris avaient été détruites à la Libération de la capitale. Rappelons que Radio Paris fut annexée par l’occupant nazi et devint un instrument de sa propagande, diffusant un nombre considérable d’émissions culturelles en tout genre. Le label Malibran présente l’intégrale de deux concerts – des 16 et 20 janvier 1944 au Théâtre des Champs-Elysées — dont les disques Pyral ont été préservés. Il s’agit d’inédits publiés en intégralité, c’est-à-dire avec les longues présentations des œuvres par les speakers de l’époque. Willem Mengelberg dirigea 28 concerts à l’Orchestre de Radio Paris. Les deux que nous entendons comprennent l’Ouverture d’Anacréon de Cherubini, le Concerto pour violoncelle de Dvorák (Paul Tortelier) et la Symphonie en ré mineur de Franck. La qualité est précaire, le souffle assez conséquent, mais le label a préservé le grain des interprétations. Anacréon possède une énergie époustouflante. Le Concerto est tout aussi passionnant avec un soliste capté de près. D’une rapidité fantastique, mais aussi d’une justesse impeccable, son interprétation nous sidère par la chaleur du phrasé, sa puissance sonore et son émotion. Une version plus remarquable encore que les témoignages ultérieurs de Tortelier avec Sargent puis André Previn. La Symphonie en ré mineur de Franck est aussi éclatante que les autres lectures captées en 1940 avec le Concertgebouw (Q. Disc, Biddulph). Les cordes de l’orchestre sont d’une tenue impeccable et malgré une dynamique volontairement bridée, on reste stupéfait par la qualité d’une telle archive.
Malibran 2 CD CDRG188 - 1944 - 2 h 18’ - ★★★★

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