Vincenzo Bellini
La sonnambula
Cecilia Bartoli (Amina), Juan Diego Fl
L'Oiseau-lyre 2 CD 4781084 (Universal). 2007-2008. 2 h 14'
NOUVEAUTE
Tr

Le récent récital de Cecilia Bartoli, en hommage à Maria Malibran, annonçait cette intégrale, attendue à plus d'un titre. D'abord c'est la première fois que les deux stars de l'écurie Decca, Cecilia Bartoli et Juan Diego Flórez, conjuguent leur talent au disque. Et les intégrales d'opéra enregistrées en studio sont si rares aujourd'hui, que celle-ci fait figure d'événement. La mezzo italienne, en attendant — peut-être — d'oser une intégrale de Norma (?!), commence par un Bellini à première vue plus dans ses cordes. Faisant fi de la version dite « Malibran » (réalisée pour adapter le rôle à l'évolution des moyens de l'interprète préférée de Bellini), Bartoli explique être revenue au manuscrit original. Sauf qu'elle annonce « trois numéros transposés vers le grave »... Voilà pour l'authenticité. Par ailleurs, faut-il vraiment jouer Bellini à 430 Hz ? On sait que cette hauteur variait en fonction de la température et qu'elle n'a rien eu d'absolu jusqu'à la première tentative d'établir une norme en 1859. Mais surtout faut-il entrer à tout prix dans de tels débats ? La fidélité à Bellini réside-t-elle dans le diapason choisi ou dans le respect du style du compositeur et de l'esprit de l'œuvre ?
C'est là que le hiatus entre discours musicologique et réalité de l'interprétation se produit. Bartoli, qui a revivifié le chant rossinien (un Barbier, une Cenerentola d'anthologie) et nous a ouvert tant d'horizons (Gluck, Vivaldi...), peine ici à adapter son émission aux longues phrases belliniennes. Son chant paraît d'emblée apprêté pour ne pas dire maniéré (« Come per me sereno... »), parfois trop détaillé (l'accentuation des consonnes), trop retenu avec le souci de ciseler et de souligner chaque mot qui fait que la ligne d'ensemble se perd totalement. Quant à la vocalisation, souvent ornementée jusqu'à la surcharge (« Ah ! non giunge... »), elle se réfère plus à l'univers baroque qu'au chant romantique. Le comble étant que, malgré cette pyrotechnie — qui évoque plus Farinelli que Pasta ou Malibran — l'émission est bien modeste (l'orchestre en couvre presque toute la fin, malgré les ingénieurs du son de Decca). Réécouter Callas (EMI) ou Sutherland (Decca), c'est moins musicologique, mais ça chante !
Face à Bartoli, Juan Diego Flórez est un Elvino convaincant. La technique est irréprochable, l'émission franche et assurée, même si on sent ici son chant moins « libéré » qu'ailleurs. Il faut dire que la rencontre de styles aussi peu appariés que ceux de la mezzo et du ténor est parfois hasardeuse (« Ah ! costante nel tuo... ») et que la direction empesée d'Alessandro De Marchi à la tête de l'excellent orchestre La Scintilla semble entraver Flórez.
La basse Ildebrando D'Arcangelo est sans doute l'un des plus beaux Rodolfo d'aujourd'hui, chant coloré, timbre royal, mais on l'a connu plus investi, lui aussi.
Superbe travail des chœurs de l'Opéra de Zurich. Mais qu'importent ces réserves, aucun fan de Bartoli ne voudra passer à côté de cet album.
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