Robert Schumann
Davidsbündlertänze op. 6 - Toccata op. 7 - Humoreske op. 20
Olivier Chauzu (piano)
Calliope CAL9409. 2008. 73'
NOUVEAUTE
Sonorit

Déjà remarqué pour d'excellents disques consacrés à Albeniz et Dukas, avec les mêmes pochettes aux amusantes illustrations dessinées, le pianiste français Olivier Chauzu nous offre des interprétations surprenantes et fort intéressantes de trois partitions de Schumann, dont deux chefs-d'œuvre trop rarement gravés. Dans la Grande Humoreske, il privilégie la lenteur, l'intimité rêveuse, fouille le texte dans tous ses détails, ses efforts et ses failles, en trouvant de magnifiques couleurs. Il y manque un peu de naturel, d'élan, de spontanéité. En comparaison, la référence récente réussie par Eric Le Sage (Alpha) paraît plus simple et plus immédiatement poignante, mais on ne peut qu'admirer cette lecture sophistiquée, remarquablement construite et habitée.
Après une Toccata op. 7 d'une virtuosité toujours musicale et fort réjouissante, les Danses des Compagnons de David poussent encore plus loin les partis pris esthétiques. On est surpris d'emblée par un certain manque d'allant et de puissance. Le pianiste semble prendre tout son temps pour musarder, et répugne aux effets tonitruants, préférant tisser un univers délicat et subtil. On est loin de la mâle grandeur d'un Claudio Arrau (Philips) ! Olivier Chauzu paraît vraiment scruter le texte, révéler toute sa complexité d'écriture, sa richesse polyphonique, ainsi que ses moindres heurts ou frottements. Ainsi, dans la cinquième pièce a-t-on véritablement l'impression d'entendre plusieurs voix, et même plusieurs personnages totalement indépendants ! En regard, la plupart des pianistes donnent l'impression de simplifier l'œuvre, de lui procurer une signification univoque, et partant, une évidence beaucoup plus confortable pour l'auditeur novice. On pourra se demander si cette approche marque une interprétation encore inaboutie, ou bien au contraire manifeste une probité et une intelligence musicale rares. Toujours est-il qu'elle s'avère passionnante pour une oreille exercée, et même si elle procure des émotions moins immédiates, elle mérite de venir compléter la noble vision d'Eric Le Sage aussi bien que celle de la très audacieuse et fantaisiste Delphine Lizé (Intrada).
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