Robert Schumann
Concerto pour piano - Grieg : Concerto pour piano - Saint-Saëns : Concerto pour piano n°2 op.22
Robert Schumann (1810-1856), Orchestra of Opera North, Howard Shelley (piano et dir.)
Chandos CHAN10509 (Abeille). 2008. 79'
NOUVEAUTE
Clair, précis, vaste dynamique, superbes timbres orchestraux, mais piano à peine sec en regard.

Howard Shelley bouscule la discographie
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(Disponible en LossLess)
L'évidence s'impose : les lectures si souvent ressassées des concertos de Schumann, Grieg et Saint-Saëns jaillissent sous les doigts de Howard Shelley avec une ardeur inconnue.
Howard Shelley, vainqueur surprise de deux grandes discographies comparées de Classica consacrées aux Concertos n° 1 et n° 3 de Serge Rachmaninov (avec Bryden Thomson chez Chandos), ose ici diriger du piano trois grands concertos romantiques, chose fort inhabituelle, mais qui se révèle une formidable réussite.
Son audace se justifie tout particulièrement dans Schumann, car contrairement aux idées trop souvent reçues, il ne s'agit en rien d'un concerto pour soliste superstar avec un orchestre délivrant un pâle accompagnement. Cette œuvre — autant, voire plus, que les Concertos n° 4 et n° 5 de Beethoven —, requiert une permanente et subtile imbrication du piano dans un tissu orchestral omniprésent, ce qui suppose une absolue complicité entre chef et pianiste, si rarement atteinte. Même Karajan répond un peu froidement et surtout couvre trop (mais c'est peut-être la captation mono) le chant sublime de Dinu Lipatti (EMI). Howard Shelley réussit à la perfection l'unification des phrasés et l'entrelacement amoureux des lignes, s'appuyant sur un excellent orchestre aux magnifiques couleurs, parfaitement discipliné et réactif, capable de suivre les tempos endiablés qu'il leur impose. Car le début du Concerto de Robert Schumann risque d'être ressenti comme une véritable gifle par l'auditeur habitué aux versions traditionnelles : « Quoi ? Le premier thème est ici énoncé par le piano prestement, nerveusement, sans le rallentando habituel, sans pâmoison ni poésie extatique ? Mais on n'a jamais entendu une chose pareille ! Quelle sécheresse sacrilège ! » sera-t-on tenté de s'écrier. Effectivement, on n'avait quasiment jamais entendu cela, mais plus la musique avance, plus l'évidence s'impose : l'œuvre si ressassée sonne avec un charme et un naturel incomparables ! Même les survoltés Martha Argerich et Nikolaus Harnoncourt n'étaient pas allés aussi loin dans leur version iconoclaste captée en live (par Teldec, avec malheureusement un Orchestre de chambre d'Europe multipliant les couacs !) De fait, Howard Shelley revendique et justifie clairement dans une partie fort érudite de la notice du disque, sa volonté de suivre les indications métronomiques de Schumann, comme les témoignages de certains contemporains sur les volontés interprétatives de Grieg ou Saint-Saëns. Il évite ainsi l'écueil dans lequel tombent la quasi-totalité des versions des Concertos de Robert Schumann et d'Edvard Grieg (dénoncées jadis lors de discographies comparées de Répertoire) : alourdir et romantiser le propos d'une pesanteur brahmsienne déplacée, contresens auquel succombe entre autre la célèbre lecture de Géza Anda et Rafael Kubelík (DG) : c'est luxueux, opulent, confortable, ronronnant, comme un intérieur de Rolls Royce, et l'on peut y goûter un certain plaisir, mais est-ce bien la vérité de ces œuvres ? Et cela peut devenir insupportable lorsque d'aussi grands artistes que Arrau-Davis (Philips) ou Bolet-Chailly (Decca) y chaussent des semelles de plomb ! Dans Schumann, Shelley ne connaît qu'un précurseur : Jan Panenka avec Karel Ancerl, (Praga Digitals) d'une légèreté et d'une grâce quasi mozartiennes (mais dans une mono affreusement grinçante).
Dans Grieg, il nous rend la pureté et la fraîcheur glacée des fjords norvégiens seulement atteinte par l'extraordinaire naturel de John Ogdon et Paavo Berglund (EMI). Certes, les tenants d'une lecture plus douce et romantique pourront toujours préférer l'incomparable poésie de Perahia-Davis (Sony) dans ces deux œuvres.
Outre ce couplage traditionnel, Shelley nous offre en prime une formidable version du Deuxième Concerto de Saint-Saëns, peut-être pas aussi somptueuse dans l'Andante sostenuto initial que celle de Collard-Prévin (EMI), mais follement grisante dans les deux autres mouvements, là encore exécutés selon les indications métronomiques jugées ordinairement impraticables du facétieux Camille, et qu'on n'avait jamais entendus ainsi. Sa prestation apparaît à chaque instant très supérieure à celle de Stephen Hough et Sakari Oramo (Hyperion), qu'on présente parfois comme une référence, mais qui semble en comparaison mièvre et pataude. Bref, de ces trois chevaux de bataille du répertoire, Howard Shelley réussit des relectures formidablement originales, à connaître absolument !
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