Patricia Petibon
« Amoureuses » (Airs de Mozart, Gluck, Haydn)
Concerto K
DG 4777468 (Universal). 2008. 68'
NOUVEAUTE
Prise de son claire et lisible, mais un peu proche de la chanteuse.

Patricia Petibon, le temps passant, semblait ne pas évoluer et conservait des verdeurs promettant de se faner avant même d'avoir mûri. Le présent récital nous convainc que ces réserves appartiennent au passé. La voix a pris de la chair, gagné en capacité d'expression sans perdre sa flexibilité ni sa ligne haut tenue (ainsi dans « Vorrei spiegarvi »).
Chez Joseph Haydn — où Harnoncourt l'emploie si souvent — elle fait merveille. La maturité ne l'a pas déparée de ses premières grâces : humour léger, juvénilité sans enfantillages, délicatesse de touche sans mièvrerie, et partout un galbe vocal de belle tenue. Gluck est plus rigoureux à cette voix. La diction française — d'école baroque, et quoique grasseyant excessivement les « r » —, structure fort bien un chant que pourrait malmener la stricte exigence vocale. Iphigénie a été plus altière et plus éperdue, et l'on comprend mal l'espèce de relâchement sur « remords ». Armide est ici d'une fragilité de ton touchante, mais on perd quelque peu, dans « Ah si la liberté » la dignité blessée, le cantabile tragique d'une Delunsch — pour ne rien dire de Frida Leider ! Restent des incarnations sensibles et une entêtante fragilité.
Chez Mozart, la Susanna des Noces (abordée sur scène à Nancy) offre des clairs-obscurs nouveaux chez cette artiste, et l'on sent bien que sa Barbarina, charmante mais un peu appuyée, n'est plus son juste emploi. Les airs de Giunia dans Lucio Silla et celui de Zaïde marquent eux aussi une étape : il y a encore cinq ans, Patricia Petibon ne se serait sortie aussi bien d'airs crucifiants. Il reste que ce versant héroïque de l'opera seria sollicite à l'extrême des moyens, quand Haydn les épanouit. Des scories demeurent. Des sons fixes entachent l'émission, des stridences font trembler le haut médium, des maniérismes de diction déstabilisent la ligne vocale (« Der Hölle Rache »). La vocalise n'est pas toujours aussi assurée qu'elle le fut, notamment lorsqu'elle est di forza (passages savonnés dans « Ah, se il crudel periglio »).
Le Concerto Köln, électrisé par Daniel Harding, virevolte avec une parfaite prestance. Cette manière de faire est excitante ; toutefois, elle met souvent la chanteuse en péril ; elle aurait besoin de plus de sécurité pour faire montre de ses nouveaux moyens — dont on salue l'éclosion.
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