Øystein Baadsvik (tuba), Orchestre symphonique de Norrköping, Mats Rondin
Bis CD1685 (Codæx). 2006, 2007. 74'
NOUVEAUTE STEREO 
Splendide impression d'espace, de puissance, de dynamique. Un régal !

En réunissant trois concertos pour tuba de deux compositeurs suédois et d’un Finlandais (Kalevi Aho), Bis nous fait découvrir trois œuvres superbes et par l’occasion le répertoire de cet instrument dont on n’imagine pas que les sonorités soient aussi riches. Le Concerto de Fredrik Högberg (né en 1971) est placé en ouverture ce qui s’explique par son caractère éminemment ludique et d’une folle virtuosité. Non seulement les thèmes sont superbes (second mouvement), pétillants d’intelligence et d’imagination, mais l’orchestration est de toute première qualité. Fredrik Högberg est d’abord un rythmicien hors pair qui sait faire swinguer un orchestre et un tuba (Finale) tout en utilisant les matériaux d’un siècle de musiques, puisés chez Stravinsky et les minimalistes américains, voire la techno. Sans tomber dans le kitch, sa partition qui nécessite des qualités de souffle hors du commun pour le soliste nous emballe par son côté jubilatoire qui n’est ni racoleur ni vulgaire. La cadence qui a été spécialement composée pour Øystein Baadsvik est ahurissante de virtuosité.
Le professeur de Högberg, Jan Sandström (né en 1954) offre avec son Concerto « La maison citron » (en référence à la couleur d’un édifice situé à Majorque) une œuvre toute aussi attachante. Très américaine par ses longues mélopées chargées d’harmonies complexes, elle s’avère pleine de nostalgie. L’orchestre devient le miroir harmonique du soliste. On s’amuse du côté à la fois baroque de la description des « Méduses dans le port », mais aussi de l’humour dans le Finale néoclassique dont le thème obsessionnel est sans cesse interrompu. Le soliste et l’orchestre s’investissent avec passion et précision dans l’interprétation.
Le Concerto de Kalevi Aho peut tout d’abord faire songer au début de la Dixième Symphonie de Mahler. Le tuba est employé comme le serait l’interprète d’un air d’opéra. Le lyrisme chargé de l’andante s’éloigne de ses influences : Mahler, Sibelius, Chostakovitch, Rautavaara... L’œuvre tout aussi virtuose que les précédentes recrée une sorte de folklore imaginaire. Puissante, violemment expressive, elle intègre progressivement le chant du tuba dans l’orchestre. Est-ce un concerto ou bien une symphonie avec tuba « obligé » ? On réécoute plusieurs fois et avec un immense plaisir ces trois partitions.