Ottorino Respighi
La Primavera, poème lyrique pour solos, chœur et orchestre - Quatre lieder sur des poésies populaires arméniennes (arr. pour ensemble de chambre de Adriano) - Le Chaudron magique
Miroslav Dvorsky (ténor), Richard Haan (baryton), Jana Valaskova (soprano), Vladimir Kubovcik (basse), solistes, Choeur philharmonique slovaque, Vera Raskova (flûte solo), Orchestre symphonique de la Radio slovaque, Adriano
Naxos 8570741 (Abeille). 1990-1993. 79'
REEDITION
Prise de son précise, chaleureuse et pleine, ne manquant pas de relief.

Dix ans après Aréthuse et La Sensitiva, La Primavera est le sommet de la production vocale de Respighi (en dehors de ses opéras). L'auteur a utilisé des textes panthéistes et mystiques du poète arménien contemporain Constantin Zarian. Le renouveau vernal est vécu comme une seconde naissance par « le jeune homme » et il conduit celui-ci à la découverte de l'amour, tandis que « le vieil homme » perçoit dans le retour périodique de la nature à sa gloire printanière la promesse d'une vie éternelle. Ainsi que le remarque Adriano, par sa philosophie autant que par son opulente écriture romantico-impressionniste, Ottorino Respighi s'apparente ici à Delius, à l'auteur de A Mass of Life ou du Requiem païen dont il reprend à son compte les extases éperdues dans la contemplation des beautés de la nature. La virtuosité orchestrale de ces pages abonde en solos (flûte, piano, harpes, glockenspiel) et la trame symphonique divisée à l'extrême miroite de tous les reflets des Fontaines de Rome. Le sixième épisode (rencontre du jeune homme et de la nymphe) s'abandonne à de lascives effusions que Joseph Marx et Franz Schreker, apôtres de l'érotisme musical, n'auraient pas reniées.
L'orchestre est à la hauteur des enjeux : c'est l'une des précieuses qualités d'Adriano que de savoir communiquer son enthousiasme à ses interprètes, et visiblement il a exigé des forces slovaques le meilleur d'elles-mêmes. Les solistes sont en rapport, et l'on apprécie tout particulièrement le timbre chaleureux et juvénile de Miroslav Dvorsky, particulièrement à sa place dans les ébats amoureux de la partition.
Les Quatre poésies populaires arméniennes étaient à l'origine écrites avec un accompagnement de piano : Adriano en a réalisé une transcription pour un ensemble de chambre astucieusement choisi pour restituer l'atmosphère des orchestres traditionnels arméniens. Le Chaudron magique est un ballet sur des adaptations par l'auteur de pièces de compositeurs russes peu connus (Gretchaninov, Arensky, Rubinstein, etc.) : ce brillant « pot-pourri » permet d'apprécier ses qualités de transcripteur.
Cette belle anthologie rappelle à notre bon souvenir un merveilleux chef d'orchestre, Adriano, qui joint à un métier très sûr une rare érudition et le don de défricher et de nous faire aimer des terres peu fréquentées.
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