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Lady Diana
Nouvelle princesse de l'opéra

Le disque époustouflant de la soprano colorature Diana Damrau nous révèle une interprète subtile, au sommet de son art, qui a su associer une virtuosité extraordinaire à l'incarnation exemplaire de ses personnages.

PAR Jérémie Rousseau | LE RÉPERTOIRE DES CD DE A À Z | 26 novembre 2008
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Classica

Âgée de 36 ans, l'Allemande Diana Damrau est apparue il y a cinq, six ans sur les grandes scènes lyriques, donnant de par le monde des Reine de la Nuit et autre Zerbinette à couper le souffle. Naviguant entre les lyriques-légers et les coloratures, son soprano se distingue d'abord par sa brillance, avec un (sur)aigu adamantin, un médium nourri, de superbe texture, et des graves charnus. Brillante aussi est la technique, apte à surmonter le cortège de trilles, de coloratures et de sauts d'intervalles, jetés à l'envi par Mozart et Salieri dans les arie di bravura qu'elle a retenus. Qu'on ne limite pas pour autant cette bravoure à une mécanique déshumanisée !







[Diana Damrau
Arie di bravura->http://www.qobuz.com/telechargement-album-mp3/Wolfgang-Amadeus-Mozart-Vincenzo-Righini-Antonio-Salieri-Airs-de-bravoure/Classique-Opera-extraits/Diana-Damrau/Virgin-Classics/default/fiche_produit/id_produit-5099950863952.html]

CLASSIQUE - VIRGIN CLASSICS
9,99 

Non, en coloriste subtile qui excelle aussi dans le lied, Diana Damrau apporte à son chant des trésors de nuances et de diaprures. Aussi ahurissante soit-elle, sa virtuosité s'offre tout entière au texte et théâtre de ses personnages, y compris ceux, parfois bien raides, d'Antonio Salieri - l'enchaînement des " Basta, vincesti... Ah non lasciarmi " de Métastase, mis en musique par Salieri et Mozart, ne tournera pas, on s'en doute, à l'avantage du premier. Invraisembables Everest de l'agileté vocale, les deux airs de L'Europa riconosciuta laisseront pantois ceux qui trouvaient déjà ostentatoires certaines pages de Lucio Silla.

De L'Europa, Damrau reprend d'abord le rôle d'Europa, qu'elle tenait à la scène en 2004 pour la réouverture de la Scala de Milan sous la direction de Muti, avant de s'attaquer à l'air de tempête de Sémélé. Perles de ce programme fort original, deux airs du méconnu Natal d'Apollo de Vincenzo Righini (né en 1756), en particulier une " Ombra dolente " qui atteint des cimes. Dans cette complainte nocturne d'une ineffable beauté, parée des couleurs de Gluck et du Mozart de " Vorrei spiergarvi " dialoguent doucement un hautbois, deux bassons, et le soprano, loin, cette fois, de toute bravoure : sublime de ligne, Diana Damrau s'y montre envoûtante et mystérieuse. L'insolite Righini occulterait presque ici les deux airs, pourtant anthologiques, de la Reine de la Nuit, abordés avec précision, insolence, et surtout un engagement et une expressivité bien personnels ; la captation en DVD des Flûte enchantée de Londres, puis de Salzbourg montrait déjà de quel bois se chauffait la Reine de Damrau.

Si les fa piquées de sa " Hölle Rache " sont bien là, dardés, foudroyants, la soprano nous semble exceller encore davantage dans le premier air : rarement les deux facettes de " O zittre nicht " - mère aimante puis furie - n'auront bénéficié d'un tel soin et d'une gradation d'humeur aussi explosive. Et, là encore, quels contre-ré et fa rageurs ! Saluons enfin l'attention et l'implication de chaque instant de Jérémie Rohrer à la tête de l'étonnant Cercle de l'harmonie, aussi rond qu'incisif et bondissant. Rohrer ne confond pas énergie et sécheresse, tension et précipitation ; le cœur bat, le théâtre vit, bout, déborde, mais comme cela chante ! On devine l'entente complice qui a présidé à l'élaboration de ce petit bijou.

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