Niccolò Paganini
24 Caprices pour violon seul, op.1
Niccolò Paganini (1782-1840), Thomas Zehetmair (violon)
ECM 4763318 (Universal). 2007. 67'
NOUVEAUTE
Son généreux, avec un excellent rendu des graves du violon.
"Caprices", c'est pas fini
Disponible en LossLess
Les extravagants Caprices de Paganini par Thomas Zehetmair ont divisé la rédaction de Classica. Compte rendu.
Pour
★★★★
Thomas Zehetmair est un grand violoniste. Ses concerts comme ses enregistrements ont révélé, depuis longtemps déjà, son talent musical et sa grande maîtrise technique de l'instrument, mais surtout, l'homme de cœur et de raison doublé d'une grande modestie qu'il est. Ce qui compte chez lui, c'est la joie du partage musical, et c'est exactement cela que l'on entend ici, dans ces Caprices qui sont tout sauf des études ou des prétextes à prouver qu'on sait (bien) jouer du violon. Voici une lecture qui fera date, au même titre que le furent celles de Rabin, Perlman (EMI), ou, dans un tout autre genre, Markov (Erato).
L'imagination sonore, la quête musicale comme la recherche d'une sensualité toute romantique sont les traits marquants de cette version. On peut rester coi devant tant de virtuosité technique savamment maîtrisée, l'étourdissante digitalité, la facilité du jeu de l'archet (superbes staccatos !), on l'est encore plus face à la recherche quasi expressionniste du lyrisme qui traverse chacun de ces Caprices. Peu de musiciens ont réussi, avec autant de naturel, à en dégager les traits. Ainsi, au début du n° 19, Zehetmair joue sur des pianissimos diaphanes d'une incroyable finesse, qui trancheront avec la partie centrale quasi démoniaque. Le soliste joue avec l'écriture, il est tragédien et fait ressortir les conflits de cette musique que l'on ignorait jusqu'alors. C'est cela qui est admirable, car jamais il ne plastronne ni ne triomphe, ce qui, dans ces œuvres est souvent entendu. Non ! Ce qui le caractérise, c'est l'urgence quasi panique, le sentiment dramatique qu'il parvient à susciter et qui se déploie dans les sonorités conférant au violon une voix humaine d'une intensité bouleversante. Il faudrait passer en revue les 24 Caprices. Citons les trilles brumeux et mystérieux du n° 6, le legato quasi obsédant du n° 12, les arpèges suraigus d'une finesse redoutable du n° 15.
Peu de violonistes ont osé dépasser la virtuosité pour en distiller la quintessence dramatique. Résultat obtenu ici : on écoute chacun des Caprices comme une œuvre de chambre, une symphonie, un air d'opéra, autant de variations musicales que nous offre Zehetmair, capable d'en débrouiller l'écheveau esthétique avec une aisance et une honnêteté confondantes.
Contre
★
Imaginons que vous ne sachiez pas que Niccolò Paganini était un violoniste et compositeur italien, qu'il était contemporain du bel canto de Bellini, Donizetti et Rossini, que ce dernier l'admirait, tout comme l'admirèrent Schubert, Berlioz, Schumann, Brahms ou Liszt, entre autres. Vous découvrez l'enregistrement de ses Caprices pour violon seul par Thomas Zehetmair. Vous entendez une musique tendue, où l'archet frotte les cordes sans volonté de les faire chanter, cherchant à créer un halo de sonorités plutôt qu'une ligne directrice, une musique qui se précipite et perturbe la tranquillité de l'écoute par des sons parasites, une virtuosité qui passe en force dans les pièces les plus rapides, qui ne libère jamais d'harmonie mais uniquement du contrepoint : vous jurez qu'il s'agit bien là d'une musique du XXe voire du xxie siècle, certes tonale, mais agitée, équivoque, instable, insaisissable — bref, une musique de notre temps. Vous n'aurez donc rien entendu de ce qui fait la raison même de cette musique : l'abattage virtuose et la folie du chant, la facilité mélodique surgissant de la difficulté technique. Thomas Zehetmair, qu'on a toujours connu comme un violoniste audacieux approfondissant ou plutôt éclaircissant les partitions (ses Bach, ses Mozart, notamment) sans les dénaturer, défend manifestement un parti pris.
C'est évidemment son droit, mais on ne peut s'empêcher d'y entendre un refus, et peut-être même un dégoût de l'esthétique belcantiste et séductrice de Paganini. Et comme il y a tant d'autres musiques à enregistrer pour Zehetmair, et tant d'autres violonistes qui aiment cette musique, on voit mal comment ne pas considérer ce disque comme inutile.
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