Marc-Antoine Charpentier
Missa Assumpta est Maria
Marc-Antoine Charpentier (1643-1704), Le Concert Spirituel, Hervé Niquet
Glossa GCD921617 (Harmonia Mundi). 2009. 60'
NOUVEAUTE
Prise de son ample, précise sur les solistes, moins nette pour les choeurs.

Dernière messe composée par Charpentier, la Missa Assumpta est Maria est considérée comme un sommet de sa production sacrée. Raffinement de l'écriture, jeu de textures entre voix et chœur, science des équilibres : autant de qualités qui, pourtant, n'avaient jusqu'alors guère inspiré la discographie — à l'exception notoire de William Christie, dans une version plus brève parue chez Harmonia Mundi en 1988, et toujours disponible.
Hervé Niquet se base ici sur la première source de l'œuvre telle que l'a rééditée le Centre de Musique Baroque de Versailles, et qu'il complète, selon la pratique de l'époque, de motets, pièces d'orgue, couplets symphoniques, vocaux ou instrumentaux. Cette interprétation sera sinon idéale, du moins passionnante. Dans l'esprit de la somptueuse Messe à huit voix chez le même label, ce volume réaffirme un Niquet posé et inspiré, qui ne craint pas les partis pris esthétiques et ose, contre les tendances actuelles, prendre le temps de déployer son propos. Nous voilà une nouvelle fois loin des « excès » des Motets de Lully chez Naxos, rendus illisibles par une battue hachée, ou même des nervosités du Te Deum de Charpentier, déjà chez Glossa. Niquet réaffirme ici son goût du beau son, de l'articulation des timbres instrumentaux et vocaux, entremêlés et dialoguant dans une pâte commune (signalons de très belles cordes colorées et fruitées, ainsi qu'un chœur de grande tenue). Le chef aime ciseler, mettre en lumière les frottements harmoniques comme les grandes gestes où il se plaît à sculpter les voix et à faire respirer cette rhétorique généreuse — à ce titre, la Sinfonie devant le Christe et le large chœur Et in terra pax... valent à eux seuls le détour.
Les solistes pour leur part ne dépareront pas l'entreprise. Peut-être manquent-ils toutefois d'une certaine personnalité, et de la fantaisie dont Niquet fit longtemps preuve. Ne boudons pourtant pas notre plaisir d'un baroque enfin lyrique... qui réinvestit sans rougir sa dimension sacrée.
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