Ludwig van Beethoven (1770-1827), Paul Lewis (piano)
Harmonia Mundi 10 CD HMX 290190211. 2005-2007. 10 h 55'
REEDITION STEREO 
Prise de son très fine et nuancée.

La réunion en un coffret des Sonates de Beethoven par Paul Lewis produit un intéressant effet d’achèvement. Partout domine le sentiment que Lewis ne cherche pas à poser Beethoven sur le piédestal d’un dieu tonnant. Il l’installe très nettement dans la continuité du XVIIIe siècle, soulignant jusque dans les derniers opus l’élégance du trait, le mouvement gracieux d’une appoggiature, le galbe de la ligne. Emblématique de cette approche, un Opus 109 où ne s’accuse aucun des angles qu’y trouvent les plus post-romantiques des pianistes (Arrau ou Kovacevich en tête, sans parler de Serkin ou Richter).
Sommes-nous pour autant proches de la manière de Kempff ? Pas même, car il n’y a pas là de supériorité olympienne : plutôt une honnêteté de bon artisan, cultivant la rondeur du son, apaisant les tempêtes possibles au profit d’une lecture intimiste, presque domestique. Horace eût dit : pédestre. Cela ne veut pas dire sans poésie, comme en témoigne un Opus 31 fort gracieux, ni sans suggestion (un Opus 57 sans vagues, mais joliment tourné). De ce point de vue, l’intégrale de Paul Lewis présente un certain intérêt historique, voire philologique. Derrière les accents du prophète se profile la perpétuation d’un héritage musical. Cela n’est contestable que dans la mesure où cela fige Beethoven dans une lignée — le traitement de la ligne et des couleurs reste assez invariant au fil des Sonates — alors que son mérite, nous semble-t-il, fut de la transcender.
En somme, voilà une intégrale bien faite... mais à laquelle, honnêtement, on ne reviendra guère — car certes il existe pour explorer Beethoven des sentiers autrement stimulants.
Info
Magazine
Podcasts
Classica
Art de Vivre