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Henry Purcell
King Arthur

PAR Franck Mallet et Philippe Venturini | LE RÉPERTOIRE DES CD DE A À Z | 26 mars 2010
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Classica

Henry Purcell (1659-1695), Ana Maria Labin, Chantal Santon-Jeffery, Mélodie Ruvio, Mathias Vidal, Marc Mauillon, João Fernandes, Choeurs et Orchestre du Concert Spirituel, Hervé Niquet, Corinne et Gilles Benizio

Glossa 1 DVD GVD921619 (HM). 2009. 1 h 52'

NOUVEAUTE      

La note de Classica :

Son ♥ ♥   Image ♥ ♥ ♥




Coup de froid à Classica

L'Extravagant King Arthur de Hervé Niquet n'a pas fait que des heureux à la rédaction de Classica. Compte rendu.


Pour
★★★★

Oui, l'opéra peut être comique... Il arrive même que le public soit pris d'un fou rire général... Comme, par exemple, à l'Opéra de Montpellier, en mars 2009, où fut capté ce spectacle ! Créé à Londres, en 1691, King Arthur d'Henry Purcell est un divertissement, comme le rappelle le chef d'orchestre Hervé Niquet, qui connaît bien son sujet pour être déjà l'auteur d'un enregistrement audio de référence, pour le même éditeur (Glossa). Un tiers de musique pour deux tiers du livret de John Dryden. Fantaisie, allégorie, danse, comédie, argument sans queue-ni-tête : il n'en fallait pas plus au chef et à son ensemble Le Concert Spirituel pour traiter cet ouvrage à la façon d'une comédie musicale — genre anglo-saxon par excellence —, mais avec un savoir-faire à la française, entre opérette, théâtre de foire, caf conc' et autres joyeusetés à la Pierre Dac.

Que se passe-t-il quand les Monthy Python rencontrent les Branquignols ? Le Moyen-Âge du Roi Arthur devient une féerie désopilante sous la baguette magique de Corinne et Gilles Benizio (alias Shirley & Dino), qui réalisent un coup de maître avec cette première mise en scène lyrique. Rien ne les arrête, aucun temps mort. Tout virevolte et enchante : quelle bonne idée eut le chef d'orchestre d'aller leur proposer ce spectacle ! Du coup, Hervé Niquet est propulsé lui aussi sur la scène, commentant le livret, poussant la chansonnette avec Monsieur Gilbert, un régisseur très "Gaston Lagaffe" ! On est éberlué par sa prestation et celle de ses musiciens. Comédien à part entière, il change de tenue à vue, fait chanter la salle et occupe les intermèdes par de multiples facéties... Pourtant, rien de déplacé dans cet humour déchaîné, ces calembours à l'emporte-pièce et cette verve insensée. Tout s'enchaîne à merveille, grâce à une troupe de chanteurs et d'acteurs triés sur le volet. Filmé avec soin par Olivier Simonnet, cet extravagant et délicieux King Arthur — en soi, l'anthologique "scène du froid" justifie l'acquisition de ce DVD... —, réjouira petits et grands. Hautement recommandé, interdit aux grincheux et autres tristes sires.

Franck Mallet


Contre


Cela aurait pu durer cinq longues heures, annonce, l'air abattu, Hervé Niquet au public de l'opéra-comédie de Montpellier. La musique de Purcell (une heure et demie maximum) s'inscrit en effet dans le théâtre de Dryden mais elle ne réserve pas une note aux rôles principaux et ne convoque que des personnages secondaires (Grimbald et Philidel exceptés). Par ailleurs les liens entre les différents épisodes chantés ne permettent pas de suivre un récit cohérent. Fort de ce constat, les responsables de ce spectacle ont décidé de présenter une "version quelque peu colorisée" comme l'indique le chef. "Adaptation, conception et mise en scène : Corinne et Gilles Benizio (alias Shirley & Dino)" puis "Adaptation et direction musicale : Hervé Niquet" mentionne le verso de l'emballage qu'il vaut mieux lire attentivement sous peine de douloureuses surprises.

King Arthur n'est plus l'objet artistique mais devient le prétexte à une accumulation de gags tendance Benny Hill (les séquences en accéléré en moins). Entre chaque air, Hervé Niquet qui révèle un talent d'acteur et une verve comique jusque lors insoupçonnés, apostrophe Monsieur Gilbert, régisseur additionnant les bévues. Si la réussite de certaines séquences est évidente, l'univers si riche du King Arthur (la tendresse, la magie, la mélancolie, la fierté, le patriotisme) disparaît sous le rouleau compresseur du déconnage obligatoire. Quitte à compter parmi les "deux ou trois talibans" que René Koering, surintendant de la musique à Montpellier, veut "ignorer" comme il l'affirme dans le bonus, on reste très dubitatif. Qui veut découvrir la musique de Purcell par Niquet écoutera son disque publié par le même éditeur, bien mieux dirigé et mieux chanté.

Philippe Venturini

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