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George Gershwin
Rhapsody in Blue - "I Got Rhythm", variations pour piano et orchestre - Fascinating Rhythm - Summertime - The Yankee Doodle Blues - That Certain Feeling - Somebody Loves Me - Sweet and Low-Down - I'II Build a Stairway to Paradise - The Man I Love

PAR Franck Mallet et Stéphane Friédérich | LE RÉPERTOIRE DES CD DE A À Z | 7 mai 2010
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Classica

George Gershwin (1898-1937), Lincoln Mayorga (piano), Al Gallodoro (saxophone, clarinettes), Harmonie Ensemble/New York, Steven Richman

Harmonia Mundi HMU907492. 2004, 2006. 55'

NOUVEAUTE      

La note de Classica :






Un classique qui swingue

On ne joue pas la musique symphonique de Gershwin comme une symphonie de Beethoven. Jean-Yves Thibaudet (lire la critique) et Lincoln Mayorga en font la démonstration.

Au sein de l'extraordinaire effervescence artistique new-yorkaise des années 1920, un trio de choc — George Gershwin, Paul Whiteman et Ferde Grofé — donne naissance à une série de chefs-d'œuvre, avec en premier lieu la revue George White's Scandals, en 1922. Les trois musiciens, tous de formation classique, vont contribuer à la naissance d'un genre spécifique, le "jazz symphonique", avec la création de la Rhapsody in Blue lors d'un concert historique, le 12 février 1924, à l'Aeolian Hall. Si leurs chemins devaient se séparer, leurs orchestrations "jazzy" connurent un succès formidable.

Après des incursions dans le jazz (superbe récital Bill Evans), Jean-Yves Thibaudet — le plus américain des pianistes français ! — ne pouvait réaliser l'œuvre concertante de Gershwin qu'en utilisant les versions pour jazz-band.

Idem pour Lincoln Mayorga, musicien aux multiples facettes qui s'est illustré aux côtés du chef Michael Tilson Thomas, en duo avec le clarinettiste Richard Stoltzman et la chanteuse Marnie Nixon, ou encore aux Studios Walt Disney.

Ces pièces, dont la nomenclature réduite sollicite d'autant plus chacun des pupitres, en particulier pour Rhapsody in Blue, respectivement la clarinette de Steven Barta avec Jean-Yves Thibaudet, et celle d'Al Gallodoro (93 ans, un ancien de l'ensemble de Whiteman...) avec Lincoln Mayorga, sont un pur régal sonore qui conjugue inventivité, vitalité, humour et swing. Une fraîcheur originelle, certes totalement réinventée par les deux solistes et les deux formations, l'Orchestre symphonique de Baltimore pour le premier, l'Harmonie Ensemble/New York pour le second, qui surprend, face à l'opulence symphonique des versions habituelles — particulièrement dans le Concerto en fa.

La clarté des plans sonores et la spontanéité des phrases sont préservées grâce à l'évidente connivence entre les solistes et les chefs d'orchestre, Marin Alsop avec Jean-Yves Thibaudet, Steven Richman avec Lincoln Mayorga. Du coup, l'atmosphère feutrée d'un cabaret, et même une certaine tendresse, imprègnent les Variations sur "I Got Rhythm".

Saisies sur le vif, les cordes de l'Orchestre de Baltimore ne sont pas toujours belles, et tant pis pour quelques accros, mais Jean-Yves Thibaudet est la vedette incontestée de cet album. Quant à l'Harmonie Ensemble/ New York, illustre "combo" des temps modernes, s'il a écarté le Concerto en fa et la Seconde Rhapsodie arrangée par Grofé (déjà présent sur son CD Symphonic Jazz : Grofé and Gershwin), en revanche ses interprétations de huit "tubes" absolus, dont Summertime, Fascinating Rhythm et The Man I love, sont de pures merveilles, dominées par une pugnacité et une griserie qui enchantent.

Oubliez les versions classiques (et même celle, historique, de Paul Whiteman), pour swinguer avec Jean-Yves Thibaudet et Lincoln Mayorga. Vous ne le regretterez pas.

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