Georg Friedrich Haendel
Israël en Égypte
Jennie Such (soprano), Jennifer Enns Modolo (alto), Bud Roach (ténor), Sean Watson (basse), Jason Nedecky (basse), Peter Mahon (contre-ténor), Aradia Ensemble, Kevin Mallon
Naxos 2 CD 8.570966-67 (Abeille). 2008. 1 h 59'
NOUVEAUTE
Prise de son conforme aux standards actuels. L'orchestre aurait pu être plus fouillé.

Sommet de l'art de Haendel, Israël en Égypte n'a pas une discographie à la hauteur de sa valeur : seules 7 versions sont actuellement disponibles. Ce qui est bien peu pour une œuvre d'une qualité qui s'approche de celle du Messie, qui, lui, compte plus de 25 enregistrements sur le marché. John Eliot Gardiner (Philips) dominait les débats jusqu'à présent, grâce à une direction vivante et précise, et à un chœur d'une qualité renversante. Sans venir mettre en cause cette suprématie, la version Naxos vient prendre une place plus qu'honorable dans un palmarès bien trop pauvre. D'autant que, contrairement à beaucoup d'autres versions, elle nous permet d'entendre la première partie initiale de l'œuvre, la « Lamentation des Hébreux sur la mort de Joseph », page d'une qualité appréciable. Au plan de l'interprétation, ce qui frappe en premier lieu ici, est la parfaite mise en place du chœur.
Israël en Égypte est avant tout un oratorio choral, et l'écriture de Haendel atteint des sommets de virtuosité et d'expressivité, notamment dans des pages pour double chœur d'une difficulté redoutable. L'Aradia Ensemble, originaire de l'Ontario et qui était peu connu jusqu'à présent, affronte crânement ces embûches, avec une justesse et un engagement qui forcent l'admiration. Autre atout : une prononciation parfaite, le chœur étant presque exclusivement composé d'anglophones. Des passages comme « He gave them hailstones for rain » ou « He spake the word » donnent la chair de poule tant leur pouvoir dramatique est bien rendu.
Du côté des solistes aussi, cet enregistrement offre de belles satisfactions. La diction est irréprochable chez tous les protagonistes, et les deux basses offrent un beau moment d'ardeur guerrière dans « The Lord is a man of war ». La prestation du contre-ténor est également à mentionner. Seule déception : la soprano Jennie Such, au vibrato envahissant et à l'intonation par moments incertaine.
Kevin Mallon dirige ses troupes avec beaucoup de précision et d'allant. Deux petits regrets cependant : les différents plans de l'orchestre ne sont pas toujours suffisamment détaillés (avec un clavecin trop discret, par exemple), et la pulsation reste un peu trop placide dans les moments dramatiques (comme les « Plaies d'Égypte »). Gardiner a su y insuffler davantage d'adrénaline.
Mais ces réserves minimes n'empêchent pas de considérer la réussite de l'ensemble. La politique tarifaire de Naxos permet en plus d'atteindre un rapport qualité-prix absolument imbattable. Une aubaine pour tous les haendéliens.
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