Gabriel Fauré Intégrale de la musique de chambre
Gabriel Fauré (1845-1924), Renaud Capuçon (violon), Gautier Capuçon, Raphaël Merlin (violoncelle), Gérard Caussé (alto), Nicholas Angelich, Michel Dalberto (piano), Quatuor Ébène
Virgin Classics 4 CD 07087523 (EMI). 2008-2010. 5 h 11'
NOUVEAUTE

La musique de chambre de Fauré a suscité de nombreux enregistrements séparés et l'on disposait également de trois ensembles cohérents, constitués autour du pianiste Jean Hubeau (Erato), de Jean-Philippe Collard (EMI), et compilés dans les fonds CRD, Dorian, Claves et Hyperion (Brilliant Classics), le tout de très bonne tenue, car l'on imagine bien que l'on ne s'embarque pas dans un tel univers sans de solides motivations !
L'interprétation de la musique pour violon par Renaud Capuçon et ses partenaires (Dalberto pour la Sonate n° 1 et les pièces brèves, Angelich pour la Sonate n° 2) ne manque pas d'ampleur. Le violon est charnu, très "grand style" mais un peu épais tout de même. Ce n'est pas grave pour la Sonate n° 2 dans la mesure où Angelich fait avancer le discours et le fluidifie. Dans la Sonate n° 1, en revanche, le sérieux et la retenue de Dalberto empèsent la musique.
Dans la musique pour violoncelle, le problème est différent. L'approche toujours grave de Dalberto dans la Sonate n° 1 sert bien le discours très intériorisé de Fauré (mais moins le lyrisme à fleur de peau de l'Élégie), tandis qu'Angelich sait donner à la Sonate n° 2 toute sa légère élégance. Dans les deux cas, la sonorité de Gautier Capuçon, dense mais sans lourdeur, est parfaitement adaptée à cette esthétique rêveuse, précieuse et expressive tout à la fois.
Les Quatuors avec piano (Dalberto pour le Premier, Angelich pour le Second, avec les deux Capuçon et Caussé) bénéficient d'approches similaires. La force expressive, la grandeur, tout ce qui les rattache au Romantisme allemand semble privilégiée par rapport à la quête d'ambiances poétiques — si bien exprimées dans la récente version des Wanderer (HM). Mais tout cela est d'un haut niveau. Le Trio, probablement "le" chef-d'œuvre de tout cet ensemble, atteint le sublime (Angelich, R. et G. Capuçon).
Les Quintettes et le Quatuor (déjà publiés avec ceux de Debussy et Ravel en 2008) bénéficient de la présence de l'excellent Quatuor Ébène, qui éclaircit ces partitions parfois touffues et les rend aisées et abordables. Les deux Quintettes (Dalberto pour le n° 1, Angelich pour le n° 2) sont joués dans un tempo plus retenu que la moyenne, qui leur ôte un peu de leur lumineuse vitalité — mais leur confère en revanche une noble grandeur. Dans l'ensemble, un élément de premier plan pour la discographie fauréenne. Mais il faudra peut-être attendre l'intégrale de la musique de chambre avec piano de Fauré concoctée chez Alpha autour d'Eric Le Sage — dont le premier volume vient de paraître — pour faire un point plus complet sur la discographie.
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