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Franz Schubert
Moments musicaux D.780 - Allegretto D.915 - Impromptus D.988

PAR Olivier Bellamy et Sylvain Fort | LE RÉPERTOIRE DES CD DE A À Z | 4 novembre 2009
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Classica

Franz Schubert (1797-1828), David Fray (piano)

Virgin Classics 6944890 (EMI). 2009. 72'

NOUVEAUTE      

Son légèrement cotonneux.

La note de Classica :





David Fray divise Classica

Le disque de David Fray consacré à Schubert n'a pas plu à tout le monde.


Pour
★★★★

Le monde de Franz Schubert effraye plus d'un virtuose du clavier. L'essentiel pour un interprète n'est pas d'élargir le spectre sonore, mais de voir loin dans un espace confiné, de laisser s'épanouir un chant naturel en dépassant rarement le ton du murmure et de la confidence. Pour cela, il faut être un peu magicien avec un instrument qui n'est plus adéquat à cette esthétique tournée vers l'intérieur de l'être. Franz Schubert est un musicien du renoncement et de l'acceptation. Il avance, mais fait du sur-place. Sa marche immuable nous bouleverse parce qu'elle ne mène nulle part. C'est dans ses silences que réside son secret. C'est au plus profond de nous-mêmes que résonne sa musique.

Le pianiste David Fray l'a très bien compris et il le réalise à la manière d'un poète. Son tempo est lent, mais sa pulsation toujours vivante car elle vient des replis mystérieux de la musique. Le piano chante tout seul. Sa dynamique explore toutes les nuances du pianissimo sans jamais perdre le fil ténu qui nous raccroche à la vie. Le son vient du souffle, pas des doigts. Son interprétation ressemble davantage à celle d'un grand chanteur de lied en proie à une crise de somnambulisme qu'à celle d'un pianiste traditionnel. Si l'artiste se réveille, la musique disparaît, la magie s'évanouit. Cette option peut déconcerter l'auditeur, mais l'art véritable n'est jamais audible au premier coup d'oreille. Le caractère de chaque Moment musical et de chaque Impromptu se dilue dans un seul rêve. Cela n'empêche pas le pianiste d'être précis et attentif. David Fray est à mille lieues d'une pose impressionniste. Simplement, on ne touche jamais terre et la matérialité de l'instrument s'efface. Ce qui compte, c'est la vision d'un monde inconnu qui se confond avec le chagrin étouffé d'un paradis perdu. L'âme même de Schubert.

Olivier Bellamy

Contre


David Fray a de bien belles phrases pour caractériser l'art de Schubert et sa radicalité tragique. À l'audition, on déchante. Ce qui est tragique ici, c'est tout ce narcissisme. Cela se manifeste par deux tendances. La première, c'est ménager au cœur de la phrase schubertienne des silences et des ralentis indus. Cela correspond à cette idée exprimée par le pianiste que Schubert s'adresse au silence qui est en nous (ou quelque chose dans le genre). La vérité est que cette manière de faire appesantit le propos et tronçonne la dynamique. À chaque fin de phrase semble résonner une seule question : "L'ai-je bien descendu ?". Quasi inécoutable, à cet égard, un Allegretto tout de complaisance chantournée. Et que dire d'Impromptus précautionneux et confus ? Qu'on ne croie pas que cela exprime quelque humilité. C'est au contraire, en creux, d'une emphase quasi comique.

L'autre façon de faire est de brutaliser la phrase pour en tirer des effets de gravité, comme on fait les gros yeux à des enfants trop joueurs (le Moment musical n° 5). Il a fallu, hélas, que tous ces travers égocentrés se réunissent dans l'Impromptu n° 3, où se mêlent une lenteur supposément séduisante et une enflure strictement rhétorique. Il ne suffit pas de prôner une éthique de l'essentiel et du dépouillement : encore faut-il se l'appliquer à soi-même. À ce stade, David Fray use d'une phraséologie pascalienne adroitement post-modernisée, mais son piano est celui d'un artiste trouvant certainement que son moi est fort loin d'être haïssable.

Sylvain Fort

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