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Dufay et la Cour de Savoie
Guillaume Dufay : Messe « Se la face ay pale » & Propre de la messe polyphonique de Saint-Maurice - Ballade «Se la face ay pale» - Motets «O très piteulx» & «Magnanime gentis»

PAR Sophie Roughol | LE RÉPERTOIRE DES CD DE A À Z | 17 février 2009
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Classica

The Binchois Consort, Andrew Kirkwood

Hyperion CDA67715 (Abeille). 2008. 72'

NOUVEAUTE      

Image un peu dsquilibre. Voir texte.

La note de Classica :


Guillaume Dufay séjourna dix ans dans la prestigieuse Cour de Savoie, qui, grâce au mécénat de princes mélomanes, accueillait ainsi le premier compositeur franco-flamand. D'autres suivirent l'exemple, comme Brumel à la fin du siècle. Et c'est à Chambéry que l'on situe en 1434, à l'occasion de noces ducales, la première rencontre probable entre Dufay et Binchois, ce dernier venu avec la suite de son maître le duc de Bourgogne.

La Messe « Se la face ay pale », chef-d'œuvre de la messe polyphonique sur cantus firmus, a probablement été composée pour la cour de Savoie dans les années 1450. Dufay y utilise comme cantus firmus le ténor de sa ballade éponyme, que le Binchois Consort propose ici dans une rare version à quatre voix (et non trois comme à l'origine), plus flamboyante. Sur cette base, Dufay élabore un contrepoint que l'on a pu qualifier de « classique », d'une fluidité lumineuse, à quatre voix (deux ténors aigus dont le cantus firmus, un superius à la quinte supérieure, un contreténor à la quinte inférieure). Andrew Kirkwood choisit comme il est désormais l'usage de compléter les cinq parties de la messe polyphonique par un propre, mais innove en choisissant celui de la messe de Saint-Maurice, ancrant encore plus le programme dans son contexte savoyard, puisque Maurice est le patron de l'ordre de chevalerie fondé par Amédée VII au château de Ripaille. Particularité : il s'agit d'un propre polyphonique, qui figure dans un manuscrit des années 1450 (Trent 88). Il semble qu'il s'agisse ici de son premier enregistrement.

La réédition récente de l'enregistrement de la même messe par Diabolus in Musica et Antoine Guerber (Alpha 051, note 9) oblige à la comparaison. Les deux versions respectent l'usage d'époque d'une interprétation a capella, à deux par partie. Guerber faisait le choix d'un propre dépouillé, monodique, qui exaltait par contraste le joyau polyphonique, un peu hétérogène comme c'est l'habitude de l'ensemble. Le choix inverse opéré par Kirkwood a l'intérêt de faire découvrir un propre inconnu, mais procure une écoute plus uniforme, d'autant que les voix du Binchois Consort ont moins d'individualité que celles de Diabolus in Musica. L'ensemble est plus fusionnel, sans aspérités mais pas sans reliefs, mais aussi déporté vers l'aigu, avec un superius un peu envahissant dans la messe, moins dans le propre de Saint-Maurice et les deux magnifiques motets additionnels. Mais cela est peut-être dû, sans certitude, à deux prises de son opérées des jours différents. En tout cas l'enregistrement est plus qu'intéressant, et on ne se plaindra pas de voir enfin deux versions majeures de cette Messe au catalogue.

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