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César Franck
Prélude, choral et fugue - Les Djinns - Prélude, Aria et Final - Variations symphoniques - Prélude, fugue et variation

PAR Jacques Bonnaure | LE RÉPERTOIRE DES CD DE A À Z | 2 avril 2010
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Classica

César Franck (1822-1890), Bertrand Chamayou (piano), Olivier Latry (harmonium), Royal Scottish National, Orchestra, Stéphane Denève

Naïve V5208. 2009. 73'Cd Choc Plage 8

NOUVEAUTE      

La note de Classica :






Un "César" pour Chamayou

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Disponible en qualité CD (LossLess)

Avec Bertrand Chamayou, le "père Franck" n'est plus une figure mystérieuse, secrete, austère et vieillotte, mais un compositeur d'une infinie et délicate sensualité.

Le malheureux Pater seraphicus a souffert à la fois d'une tradition qui l'a tiré vers le Romantisme international, et par une autre, initiée par ses propres élèves, qui a fait de lui une sorte de maître austère et un peu vieillot, quoique tellement saint. Il est vrai qu'il s'est parfois placé dans le droit fil de la tradition de Johann Sebastian Bach, revivifiée par Felix Mendelssohn, tout particulièrement avec ses triptyques pianistiques (Prélude, Choral et Fugue de 1885, Prélude, Aria et Final de 1888) dont la forme même est directement inspirée par la Toccata, Adagio et Fugue, BWV 564 de Johann Sebastian Bach.

Dans la tradition de la Schola Cantorum et de toute l'école post-franckiste, ces pièces s'imposaient par leur ampleur quasi symphonique et leur sérieux. Or, et c'est bien là le mérite de Bertrand Chamayou ; César Franck, au moins dans les œuvres du programme, n'est pas seulement romantique ou le tenant d'un académisme à la mode de la Schola Cantorum. C'est aussi un artiste d'une infinie délicatesse qui, jusque dans ses amples et sévères triptyques, doit être traité avec nuances, et même avec une certaine sensualité. Un exemple parmi d'autres. Écoutons la Fugue (de Prélude, choral et fugue). Elle est assez vive, ce qui lui assure une belle fluidité mais aussi une alacrité que l'on ne lui connaît pas toujours. Et avec cela, quel joli rubato, quel joli sens des dégradés. Le "Père Franck" sort tout gaillard des doigts de Bertrand Chamayou. Dans l'Aria (de Prélude, Aria et Final) l'énoncé du thème est tout simple mais rehaussé par un jeu de pédale qui nimbe cet intermède d'une poésie toute modeste et intérieure. Cela dit, les passages les plus grandioses ne sont pas sous-estimés mais interprétés sans lourdeur.

Les deux œuvres concertantes montrent bien la diversité de la palette de César Franck. D'une certaine manière, il dément ici l'image que l'on pourrait avoir de lui dans les triptyques. Ses poèmes symphoniques suivent chronologiquement ceux de Camille Saint-Saëns, initiateur du genre en France après la Guerre de 1870. Mais ils sont plus fidèles à l'esprit de Franz Liszt. En plus, dans Les Djinns (1884), César Franck innove en inventant le poème concertant symphonique puisqu'il comporte une partie de piano soliste. Sur le fond, comme dans Le Chasseur maudit, plus connu, il fait preuve dans Les Djinns, d'un romantisme flamboyant, inspiré par l'étrange poème des Orientales de Victor Hugo (on sait que pour évoquer un vol dévastateur de Djinns, Victor Hugo utilise des strophes aux mètres croissants puis décroissants). Le compositeur suit avec brio la forme littéraire. Les Variations symphoniques (1885) sont plus connues, et tout aussi originales, puisqu'il ne s'agit en fait ni d'un véritable concerto (malgré la présence de trois mouvements bien identifiables), ni de variations classiques mais d'un développement continu, chaque épisode étant déduit du précédent, à partir d'un thème en deux parties peu caractérisé. Ces Variations sont souvent jouées de manière un peu terne, deviennent ici souples et pleines de fantaisie sous la baguette de Stéphane Denève qui laisse la musique respirer et dialogue avec le soliste sans que l'un ou l'autre veuille forcer le ton.

Enfin, une charmante surprise avec la version "de salon" de Prélude, fugue et variation, un autre triptyque bien antérieur (1865) et de moindre portée. Cette œuvre, originellement pour orgue, est souvent donnée dans une transcription pour piano et ici dans une délicieuse version pour piano et harmonium, qui le pare d'une religiosité un peu naïve mais d'un charme sonore exquis. Au moins aussi bon que le récent Sodi Braide (Lyrinx) pour les deux grands triptyques, assez largement au-dessus de la plupart des versions existantes même Ciccolini-Cluytens (Testament), même Laval-Lombard (Valois) ou Casadesus-Ormandy (Sony), ce récital anthologique occupera une place de premier plan dans la discographie de César Franck.

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