Antonio Vivaldi Vespro a San Marco
Antonio Vivaldi (1678-1741), Solistes, Choeur de chambre de Namur, Les Agrémens, Leonardo Garcia Alarcon
Ambronay 2 CD AMY029 (HM). 2010. 1 h 58'CD CHOC PLAGE 2
NOUVEAUTE

VOYAGE D'AGRÉMENS À SAN MARCO
Vivaldi, largement célébré dans le répertoire instrumental et lyrique, retrouve avec Leonardo García Alarcón sa place au service du divin.
D'abord dubitatif à la réception d'une nouvelle recréation de Vêpres vivaldiennes (une redite des Vespri per l'Assunzione di Maria Vergine, par Alessandrini, chez Naïve ?) la première écoute suspend toute hésitation. Les strophes de l'invitatoire s'imposent dans la conque acoustique de l'Abbatiale d'Ambronay. Splendide densité ! Puis l'orchestre vient flatter l'auditeur de sonorités puissantes et colorées. S'enchaîne dès lors un parfait florilège de l'art vivaldien, et plus encore de la rhétorique baroque. Pizzicati, glissements de cordes, portamenti : c'est à la fois Pergolèse, Porpora, et Haendel.
La reconstruction est habile et généreuse. Les motets solistes (Gloria, Lauda Jerusalem), entrecoupent les grands tableaux du Dixit Dominus, du Confitebor, du Laudate Pueri, du Beatus Vir, couronnés par le Magnificat. À nul moment on ne cède à la facilité en glissant du concerto pour faire tapisserie. C'est aussi l'occasion de découvrir la version de Dresde du Dixit (RV 807), extatique et profonde.
Et quelle direction ! La maîtrise et la générosité d'Alarcon s'imposent. Après un Judas Maccabeus de Haendel paru l'an dernier chez Ambronay et qui depuis ne cesse de nous transporter, ce nouveau Vivaldi, flatté par une prise de son légèrement réverbérée, ne gomme rien des subtilités de l'accompagnement (théorbe et cordes dans Dispersit). Il impose une lecture qui ne choisit pas l'esbroufe de l'accélération systématique si souvent univoque. Sa vision est à l'opposé du très (trop ?) exalté Gloria paru chez Naïve. Les tempos sont variés, chaque verset est traité comme un mouvement à part entière où la tension ne retombe pas (époustouflant De torrente in via). Il faut déguster le Beatus Vir aux attaques légères, jamais présenté de la même façon. Elles nimbent des passages où le temps semble suspendu.
Le Chœur de Chambre de Namur tend ses moires vocales que Les Agrémens ensorcellent. Cet orchestre n'a rien de maigre ou de lascif mais dispose d'une palette sans cesse changeante, une prouesse pour un ensemble de seize instruments seulement. Les solistes, notamment Maria Soledad de la Rosa, ont été choisis pour la densité et la couleur de leurs timbres. Ils nous offrent un Vivaldi à la mystique sensuelle. Ils délaissent la tentation d'un tout — opéra démonstratif — pour ne délivrer que la rutilance des plus belles fêtes catholiques. André Maugars avait bien raison d'écrire qu'en Italie, à ces occasions, " on est assuré d'entendre chaque jour de la composition nouvelle ". Ce superbe petit coffret nous en offre la preuve irrésistible.
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