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Anne Sofie von Otter
"Ombre de mon amant" : Airs de Charpentier, Lambert, Rameau

PAR Jérémie Rousseau | LE RÉPERTOIRE DES CD DE A À Z | 2 mars 2010
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Classica

Anne Sofie von Otter (mezzo-soprano), Les Arts Florissants, William Christie

Archiv 4778610 (Universal). 2008. 70'

NOUVEAUTE      

Prise de son claire et aérée.

La note de Classica :


La musique française occupe une place de choix dans la carrière de la mezzo-soprano Anne Sofie von Otter. Sa version des Nuits d'été (DG) d'Hector Berlioz, par exemple, est de celle vers laquelle on aime revenir pour sa poésie, son éloquence et la transparence lunaire du timbre ; gardons-nous d'oublier son Alceste avec John Eliot Gardiner, sa Mélisande avec Bernard Haitink...

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Disponible en qualité CD (LossLess)

Alors, alors... que n'a-t-elle enregistré ce sublime programme baroque français plus tôt, au temps de sa splendeur ! Car les années se font désormais sentir sur les moyens de cette immense artiste : on sent bien ce que l'éclat premier du timbre aurait pu apporter ici, et combien le souffle et la véhémence trouvent leurs limites, malheureusement, dans les imprécations de sa Médée de Marc-Antoine Charpentier, intrinsèquement captivante certes, mais tellement en deçà de ce qu'elle aurait pu offrir. On objectera encore que la diction modèle de la grande Anne Sofie aurait tendance à se noyer, ici et là, dans un brouillard tenace — pareil défaut encombrait déjà sa Médée (de Jean-Baptiste Lully) au Théâtre des Champs-Élysées.

En revanche, dans les scènes élégiaques et les déplorations (les deux airs de Phèdre de Jean-Philippe Rameau), Anne Sofie von Otter nous bouleverse par sa maîtrise si calculée des affects, cette émotion contenue dans chaque mot, cette mélancolie diffuse distillée du bout des lèvres. Comme si la douleur et l'intériorité ravivaient l'argent du timbre.

Reste que ce récital n'a rien d'une carte de visite, et que le programme, admirablement construit avec ses fondus enchaînés de pages vocales et instrumentales, possède une logique interne forte, sorte de cantate autour de Médée et de Phèdre, ponctuée de trois airs inouïs de Lambert (dont "Ombre de mon amant", posé sur un filet de voix) et de danses gracieuses.

Enfin, Von Otter ne pouvait rêver meilleurs partenaires que William Christie et ses Arts Florissants pour ce voyage, tant cette musique coule dans leur veine et tant ils y mettent une élégance, une chair, un sens du théâtre et des reliefs qui contribuent à l'atmosphère étrangement crépusculaire de cet album.

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