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Keith Jarrett
Testament

PAR Jean-Pierre Jackson | LE RÉPERTOIRE DES CD DE A À Z | 10 novembre 2009
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Classica

Keith Jarrett, Keith Jarrett (p)

ECM 3 CD 213032 (Universal). 2008. 2 h 39'

NOUVEAUTE      

Prise de son live de qualité exceptionnelle.

La note de Classica :


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Disponible en LossLess

Ce Testament concentre l'histoire et l'acquis d'une vie musicale. Après tant de concerts en trio, en quartet, tant d'interprétations du répertoire classique et tant de compositions personnelles, Keith Jarrett aboutit à travers l'épreuve du solo à la résolution d'une contradiction qui fut toujours avant lui insurmontable : ne rien prévoir et construire dans l'instant. La logique de son discours, l'élégance permanente de son phrasé, son imagination harmonique et l'engagement presque surhumain dont il fait preuve y parviennent admirablement, sans faire entendre l'effort. Dans le livret de ce mini coffret Keith Jarrett s'explique lui-même (en anglais) sur les circonstances des concerts de Paris le 26 novembre et Londres le 1er décembre 2008, comme sur les principes de son improvisation. Le résultat musical est absolument hors du commun. Sans être prévenu on ne perçoit pas la pire souffrance qui habite le pianiste, celle liée à la perte d'un être cher puisqu'en amour partir c'est mourir beaucoup. Peu de disques témoignent d'une telle intensité, à ce point d'incandescence presque douloureuse qui est une extase.

Keith Jarrett mène ici l'improvisation à sa limite, celle conduisant à cette inaccessible composition musicale spontanée qui suscite immédiatement la question redoutable : comment commencer à jouer ? tant il semble a priori impossible de concilier les nécessités de l'architecture et celles du libre instant. Il paraît impossible que rien n'ait été prévu, que le clavier soit vierge avant d'être touché tant l'intelligence sensible du discours, de ses variations, de ses modulations harmoniques est maîtrisé de façon hallucinante. Certes, on perçoit ici et là l'écho de Maurice Ravel, de Claude Debussy bien sûr, voire des grands ancêtres : le In A Mist de Bix Beiderbecke ou Peace Piece de Bill Evans. Mais l'engagement et la concentration de Keith Jarrett sont tels qu'il semble parfois entendre Frédéric Chopin ou Claude Debussy créer un prélude devant nous. En retour, certains passages pourraient (et devraient) être réinterprétés comme des compositions, tels le II du concert de Paris sur deux accords ou le VIII de Londres.

Cette parution exceptionnelle exige en revanche beaucoup de l'auditeur : l'intensité de l'écoute doit accompagner celle du pianiste, le téléphone doit être éteint. La récompense qui en résulte s'établit au-delà des mots. Voici sans doute l'un des cinq meilleurs albums de Keith Jarrett. Espérons qu'il ne s'agit pas littéralement de son testament, que d'autres merveilles viendront encore.

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