Le Picasso de la musique
Igor Stravinsky n’avait jamais figuré en couverture de Classica ! Cette extravagance est désormais réparée à l’occasion de La Folle Journée de Nantes, où l’auteur du Sacre du printemps partage l’affiche avec ses confrères russes, « de Rimski-Korsakov à Chostakovitch » et même au-delà.
Sa musique n’a, certes, jamais quitté les salles de concert mais son legs est depuis toujours sujet à controverse. De son vivant, Stravinsky fut
vite reconnu comme le compositeur le plus important. Cependant il laissait souvent sceptique. On admirait le radical auteur des Noces, on jugeait parfois opportuniste le chantre du néoclassicisme. En Picasso
de la musique, Stravinsky tâchait de se réinventer en permanence. « J’ai plaisir à regarder devant moi », disait-il aux journalistes qui ne comprenaient pas ses changements de style. En fait, il trouvait toujours
de nouveaux problèmes musicaux à résoudre et de nouvelles manières d’en exprimer les solutions. « Il annexait complètement le territoire exploré, note dans ses Mémoires le compositeur Nicolas Nabokov,
comme on achète une maison pour en refaire toutes les pièces, les murs et les fenêtres, la meubler de neuf et l’imprégner de la marque de sa propre personnalité. »
STRAVINSKY APPARAÎT AUJOURD’HUI COMME LE VÉRITABLE MODERNE
On comprend que Stravinsky fût trop individualiste pour créer une véritable école. Mais dans le match qui l’a longtemps opposé, via ses thuriféraires et critiques, à Schönberg et ses descendants, Stravinsky nous semble désormais vainqueur. D’abord parce que l’héritage du néoclassicisme (un terme volontairement condescendant, soit dit en passant) est bien plus important qu’on ne l’a généralement cru. La redécouverte actuelle de compositeurs tels Martinu ou Tansman en est une preuve. Ensuite parce qu’on s’aperçoit, grâce à l’école minimaliste contemporaine, que Stravinsky, cet extraordinaire rythmicien, est bien le moderne, alors que les Viennois représentent les derniers avatars du romantisme. Enfin parce que Stravinsky a toujours maintenu un dialogue avec son public, créant une musique abstraite mais accessible, dont les recherches n’étaient jamais coupées de la perception d’un résultat sensible. Une leçon plus que jamais d’actualité !
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