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Chant d'honneur pour José Van Dam

Le baryton belge José Van Dam fait ses adieux à la scène du Théâtre Royal de la Monnaie à Bruxelles. L'occasion de revenir sur les moments clefs d'une carrière légendaire, riche de cinquante ans de musique.

PAR Bertrand Dermoncourt | SUR SCÈNE | 4 mai 2010
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L'Express

 

JOSÉ VAN DAM



1940
Naissance à Bruxelles (Belgique)

1961
Rentre dans la troupe de l'Opéra de Paris

1971
Débuts à la Scala de Milan et à Covent Garden, à Londres

1978
Pelléas et Mélisande de Debussy dirigé par Herbert von Karajan

1991
Enregistre Faust avec Michel Plasson



Mythe
« Karajan était un homme très timide. »




Tournage de Don Giovanni
de Joseph Losey
« À certains moments j'ai eu peur. »
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Culte : Saint-François d'Assise
« Un sublime drame liturgique devenu un classique. »
Photo (F. Fogel) : St François d'Assise prêchant aux oiseaux, à l'Opéra Bastille

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Découverte : Le Maître de musique
« Ce film a suscité des vocations. » Écouter et télécharger la BO
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Don Quichotte de Massenet en direct du Théâtre de La Monnaie le 8 mai 2010
sur Arte
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Longévité
« Le secret ? La technique et le travail. »




  le 6 mai 2010
30 ans à La Monnaie
Double CD des plus grands airs interprétés par José Van Dam sur la scène de Bruxelles (Cypres)
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L'AMITIÉ D'UN GÉANT
Avec Herbert von Karajan - 1970...

« À mes débuts, j'ai été membre de plusieurs troupes d'opéra. En 1970, j'étais ainsi à l'Opéra de Berlin et j'ai auditionné pour Karajan. Au milieu du morceau, il m'a dit d'arrêter et m'a remercié. J'étais sûr de ne pas le revoir. Mais je me trompais. Il était au contraire enchanté. Dès l'année suivante, j'ai chanté pour lui dans Fidelio puis dans Les Noces de Figaro, et pour de nombreux concerts.

Contrairement à la légende, c'était un homme très timide. Ses exigences étaient surtout tournées vers lui-même. Et lorsqu'il choisissait de travailler avec un artiste, il se montrait très respectueux. S'il aimait quelqu'un, il voulait le distribuer dans tous les rôles imaginables. J'en ai refusé certains et nous sommes néanmoins restés proches. Un jour, il dirigeait le Requiem de Verdi avec, notamment, Luciano Pavarotti. Pendant que je chantais, Karajan s'est arrêté. Il a fait signe à l'orchestre en disant : "Ecoutez-le, laissez-vous porter." Et il a croisé les bras, visiblement dans un autre monde. J'étais bouleversé. »

L'IMAGINATION AU POUVOIR
Don Giovanni, de Joseph Losey - 1979

« Au départ, j'avais signé un contrat avec la télévision française. Patrice Chéreau devait mettre en scène. Puis il s'est désisté. Joseph Losey a accepté de le remplacer, mais a souhaité réaliser un film pour le cinéma et non plus pour la télévision. Il s'est donc passé plusieurs années entre le lancement du projet et sa mise en chantier effective. Lors de notre première rencontre, Losey m'a avoué qu'il n'avait jamais vu l'opéra de Mozart à la scène et n'avait pas l'intention de le faire. Cela m'a surpris, mais il souhaitait rester "frais" : il a donc travaillé uniquement à partir du livret et de la musique de Mozart. À certains moments, pendant le tournage, j'ai eu peur, car nous dépendions totalement de l'imagination du réalisateur et ne savions pas ce qui se passait d'un jour sur l'autre. Mais Losey était un vieux lion et il retombait toujours sur ses pattes. Les airs avaient été enregistrés à Paris, à l'avance, et les dialogues joués en direct, avec beaucoup d'habileté. J'ai revu Don Giovanni au moment de la sortie du DVD, il y a deux ans : sa grande originalité fait qu'il a, je crois, très bien vieilli. »

Sélection José Van Dam :

LE RÔLE DE SA VIE
Saint François d'Assise, d'Olivier Messiaen - 1983

« J'ai eu l'honneur de pouvoir créer ce rôle à la suite du désistement du chanteur initialement prévu. Avant d'accepter, j'ai voulu voir le compositeur. Je doutais qu'un homme fluet comme saint François puisse être restitué par une voix grave comme la mienne. Messiaen ne pensait pas comme moi : au contraire, il voulait que la foi intense de saint François transparaisse à travers la force de la voix. Un ténor, trop aigu, n'aurait pas pu rendre ce sentiment, pensait-il. Finalement, il m'a convaincu et j'ai accepté avec enthousiasme de participer à cette aventure. Puis, pendant plusieurs années, plus rien. Pas de nouvelles. Messiaen travaillait en secret sur sa partition. Après qu'il eut fini, j'ai enfin pu apprendre mon rôle. Je l'ai chanté dans de nombreuses mises en scène différentes, car Saint François, sublime drame liturgique, est devenu en quelques années un classique. Les lignes de chant y sont d'une clarté très française. »

LE CHANT À LA PORTÉE DE TOUS
Le Maître de musique, de Gérard Corbiau - 1987

« Gérard Corbiau avait réalisé en 1981 un documentaire sur moi, ce qui lui a donné l'idée de tourner un film sur la vie d'un chanteur. Il m'a proposé l'idée, je l'ai immédiatement acceptée, et nous avons choisi ensemble les musiques. Je crois que Le Maître de musique a amené un large public à mieux comprendre le travail en profondeur auquel les musiciens sont assujettis. Il a aussi permis de découvrir Mahler et, je le sais par plusieurs exemples, suscité des vocations. Etrangement, ce film n'a pas été accueilli de la même manière dans tous les pays. Grand succès dans les pays latins, et une nomination aux Oscars. Echec, en revanche, en Allemagne ou en Autriche. Allez savoir pourquoi... »

L'OPÉRA DES ADIEUX
Don Quichotte, de Jules Massenet - 2010

« C'est un des rôles fétiches des barytons et ce personnage me fascine. Don Quichotte est un naïf, un rêveur, un idéaliste : n'est-ce pas une belle définition de l'artiste ? Je me sens très proche de lui. C'est un rôle que j'ai beaucoup chanté — certes moins que Figaro, que j'aurai donné plus de 400 fois, d'après le décompte d'un fan ! Pour mes adieux à La Monnaie, à Bruxelles, où je suis programmé depuis trente ans, je voulais proposer, en bon Français, puisque je suis belge, un opéra du répertoire français, que je trouve malheureusement trop négligé. Après ces adieux, je ne compte pas arrêter pour autant. Je vais désormais me consacrer aux concerts et à l'enseignement. Le secret de ma longévité ? Pour les chanteurs, il n'y en a qu'un : la technique. Et le travail pour l'entretenir. Rien d'autre. »

Propos recueillis par Bertrand Dermoncourt

Sélection d'enregistrements de José van Dam :

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