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Benjamin Biolay : interview loto

Le chanteur de La Superbe tient le rôle principal de Pourquoi tu pleures ?, de Katia Lewkowicz (lire la critique), une comédie tourbillonnante autour du mariage d'un trentenaire. Il a aussi enregistré un disque du même nom, inspiré par le film. Une double occasion pour lui demander de tirer 5 numéros dans une grille de 49. Chacun correspondant à une question. Plus la complémentaire. Puis, pour L'Express toujours, il raconte les œuvres qui ont marqué sa vie.

PAR Gilles Médioni | RENCONTRE | 16 juin 2011
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L'Express

Qu'est-ce qui vous inspire ?
— Un mélange savant de tout et de rien. Et a priori les choses les plus futiles que mon œil aperçoit puis magnifie. Un détail va me trotter dans la tête puis remonter au bon moment. C'est de l'écriture automatique. Je ne suis pas écrivain mais parolier.

Avec qui rêvez-vous de chanter ?
— Lauryn Hill mais ça ne se fera jamais. C'est l'une des deux voix au monde — avec Stevie Wonder — qui me fasse ressentir à peu près toutes les émotions. Quand je ne vais pas bien, je regarde sur Youtube son duo avec Ziggy Markey. Ce qui sort de cette voix est merveilleux.

On a tous en nous quelque chose de Johnny. Et vous ?
Quelque chose de Tennessee, non ? Et aussi de la volonté, une formation classique — on voit bien qu'il a appris la guitare avec un onglet — et l'amour d'Elvis.

POURQUOI TU PLEURES ?


Une bande très originale



Pourquoi tu pleures ?, l'album signé Biolay, est le disque que le héros du film aurait pu écrire s'il avait été chanteur. Explication de l'auteur : « Pour composer cette BO inspirée par le scénario, j'ai reconvoqué le personnage après le tournage et imaginé d'autres situations. Par exemple, comment il allait vieillir. »

Pourquoi tu pleures ?
Écouter et télécharger
Disponible en qualité CD (LossLess)

Vous aimeriez écrire pour lui ?
— Oui, c'est récent. Son regard me tue, me bouleverse.

Quelle est votre pire chanson ?
Dernier souper au château, la face B de Négatif. Je voulais donner l'impression que l'on chantait à la cour. Il aurait fallu un clavecin, j'ai fait comme si, et j'ai complètement raté. Les gens qui s'expriment sur mes chansons dans des forums la détestent.

Avez-vous une superstition avant d'entrer en scène ?
— Non. La seule chose que je puisse dire, c'est que je déteste chanter en "civil". Je me sens trop moi-même, un individu, pas un chanteur. Et puis, j'ai le sentiment d'être impoli. J'aime le processus qui consiste à passer une chemise et un costume, cela m'aide à me concentrer, un peu comme les sportifs qui lacent et relacent leurs chaussures avant un match et font un quadruple nœud. Mon dernier geste avant d'entrer sur scène, c'est d'enfiler mes boots. Dès que je les ai aux pieds, je suis une pile électrique. Trac ou pas, je suis heureux.

Et la question complémentaire : et si à votre tour vous lanciez une rumeur ?
— Ce serait drôle. (Il réfléchit). Non. Trop violent.

Un mot sur celle dont vous avez été récemment l'objet, comme quoi vous écririez des chansons pour Vanessa Paradis ?
— Un journaliste m'a demandé avec qui j'aimerais bien travailler et j'ai répondu : "Vanessa Paradis". Le lendemain, j'ai lu sur un site internet : "Biolay va travailler avec Vanessa". Cela a été repris partout et du coup, sa maison de disques, Barclay, s'est sentie obligée de démentir par un communiqué officiel. J'ai été gazé de son album sans avoir rien demandé. C'est très humiliant. Ce genre de situation me rend hystérique.

Par contre, la reformation de Home, le duo que vous formez avec Chiara Mastroianni n'est pas une fausse rumeur ?
— Non. Il y aura bientôt un Home 2. Ne pas faire de musique manque beaucoup à Chiara. Elle écrit très bien. Home a une vie overseas. J'ai chanté en Argentine devant 14000 personnes. Au moment où j'ai entonné La Ballade du mois de juin (de Home), planqué derrière ma guitare — car sans Chiara c'est dur de l'interpréter — le public l'a reprise en chœur. C'est l'une des plus grosses émotions de ma vie. J'ai appelé Chiara en sortant de scène, elle ne m'a pas cru. Le lendemain, elle m'a rappelé, elle avait vu la vidéo sur Youtube.



FILMS CONDUCTEURS




E. T., EXTRATERRESTRE
STEVEN SPIELBERG (1982)
« C'est le premier film que j'ai vu au cinéma. J'avais 8 ans. J'y suis allé avec mon père, persuadé que E. T. était Elliot, le personnage du dessin animé Peter et Elliot le dragon. La scène d'introduction m'a assaisonné : un début à la Spielberg, hyperviolent, intense. E. T. m'a donné l'envie de retourner dans les salles obscures. J'étais heureux d'avoir traversé tous ces sentiments en une heure et demie : la peur, la tristesse, la tolérance... Le décorum du film correspond à l'Amérique qui me faisait rêver enfant : les sweats à capuche, les livreurs de pizzas et le vélocross.»

SUPERGRAVE
GREG MOTTOLA (2007)
« Les comédies américaines peuvent être d'une grande élégance, comme d'une vulgarité assumée et ça me plaît. Je suis un fan de Billy Wilder, Jerry Lewis, Woody Allen. Ce dernier a ouvert une brèche énorme avec Coups de feu sur Broadway et Ben Stiller et Judd Apatow (producteur de Supergrave), notamment, s'y sont engouffrés. Cette vague a amené de grands acteurs comme Robert de Niro et Dustin Hoffman vers la comédie. Comme je n'ai pas le temps d'aller en salle, je regarde les films chez moi en VOD et c'est une expérience assez bizarre que de se retrouver tout seul mort de rire devant Supergrave ou Les Rois du patin. Il y a une génération d'acteurs comiques désinhibés — Ben Stiller, les frères Owen, Jonah Hill — qui s'avèrent aussi excellents dans d'autres registres. Et quand je suis de mauvaise humeur, je regarde le bêtisier de Menteur, menteur. Jim Carrey est vraiment le génie de la connerie.»

TOUS LES FILMS AVEC
MARILYN MONROE
« Mon histoire d'amour avec Marilyn a commencé avec Bus Stop et elle n'est pas finie. Je suis devenu fou d'elle en la voyant jouer la cinglée dans ce film. Entre son visage, son regard et ses courbes, il est difficile de ne pas replonger. C'était la Femme, une grande actrice, une chanteuse à la voix d'oiseau du paradis. Par extension, je me suis intéressé à ceux qui lui ressemblent et partagent avec elle cette beauté et cette détresse, comme Montgomery Clift, par exemple. Lorsque j'ai enregistré mon premier album, Rose Kennedy, il était impossible que Marilyn n'apparaisse pas. Elle arrive à la fin des Cerfs-Volants par cet extrait de River of No Return [La Rivière sans retour], et la chanson s'envole. Les droits d'auteur étaient tellement exorbitants que cela ne me rapporte toujours rien...»

JOHNNY S'EN VA-T-EN GUERRE
DALTON TRUMBO (1971)
« Chaque fois que j'évoque le soleil dans un texte, et cela arrive souvent (Sous le soleil du mois d'août, Le Grand Retour de la chance, La Superbe, etc.), c'est une référence à Johnny s'en va-t-en guerre, un des films fondateurs qui m'ont éclaté le cerveau, adolescent. Je suis tombé dessus un peu trop jeune, à la télé, au Cinéma de minuit. C'est l'époque où je vivais seul à Lyon, il n'y avait plus de contrôle parental. Je n'aurais jamais pensé prendre une décharge aussi terrible. Je ne l'ai jamais revu depuis mais je me souviens très bien du soleil, des flash-back, de la scène de la canne à pêche... Mille autres chansons sont nées de films que j'ai aimés.»

LES SENTIERS DE LA GLOIRE
STANLEY KUBRICK (1957)
« Orange mécanique m'avait impressionné car c'était la première fois que j'avais eu le sentiment d'avoir été manipulé au cinéma. Pour rentrer chez moi, à Lyon, je devais passer dans un souterrain très très bruyant et j'étais prêt à cogner si quelqu'un me faisait une réflexion, moi qui suis totalement non violent. Mes Kubrick de chevet sont ses deux films de guerre. Les Sentiers de la gloire, implacables, parfaits, m'ont montré la vérité des choses de la Grande Guerre et un moment où l'on est relativement moins fier d'être français. Dans Full Metal Jacket, Kubrick réussit le prodige de réaliser un film de genre avec seulement 15 % de scènes de bataille.»

Propos recueillis par Gilles Médioni

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