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Richard Price
Dans l'ombre de la nuit

L'écrivain américain écrit peu mais bien : des textes ciselés au service d'enquêtes où l'espoir a peu de place. Après cinq ans de silence littéraire, il vient de publier Souvenez-vous de moi (Lush Life).

PAR Christine Ferniot | LIVRES | 10 novembre 2009
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Richard Price est né dans le Bronx. Ses parents, de petits commerçants originaires d'Europe de l'Est, ne souhaitaient qu'une chose : voir leurs enfants s'en sortir grâce à des études garantissant un bon métier et la sécurité financière. Si, en fils docile, il a essayé de s'intéresser au management, l'effort n'a pas duré. Aujourd'hui, Richard Price est riche, mais c'est à l'écriture qu'il le doit. Un prêté pour un rendu : il donne des cours à des étudiants venus de toute l'Amérique pour écouter le romancier et suivre les conseils du scénariste.

★★★
Souvenez-vous de moi (Lush Life)
par Richard Price
traduit de l'américain par Jacques Martinache
Presses de la Cité
540 p. - 21,50 €

Depuis 1974, l'année où il publie son premier roman, Les seigneurs (The Wanderers), l'homme n'a pas dévié. Toujours installé à New York, il regarde la rue, les gens, les clans — Blancs, Noirs, Latinos —, happant les gestes et les langages, les comportements des flics et les chorégraphies des dealers. Il précise qu'il n'écrit pas de polars. Disons alors qu'il s'agit de romans noirs, sans angélisme ni résolution finale, mais avec un point de vue sur un monde qui peut glisser brusquement du médiocre au tragique. Un peu comme s'il était le frère aîné de James Ellroy et de George Pelecanos qui, à leur manière, prennent le pouls de Los Angeles pour l'un et Washington pour l'autre. Même s'il passe du temps à enquêter, à vérifier, Price n'est pas un journaliste mais un écrivain capable de recul, se préservant, tel un Balzac ou un Zola du XXIe siècle, le droit d'inventer des personnages, emblématiques mais crédibles.

Des dialogues vivants, justes et sans afféterie

Prenez son nouveau livre, Souvenez-vous de moi, situé dans le Lower East Side. Les policiers tournent dans le secteur, les voleurs aussi. Le ballet semble bien rodé dans une nuit qui n'en finit pas. L'auteur décrit sans lasser les rondes des voitures, les ombres qui se rencognent dans les ruelles, l'éclat d'un revolver dans les mains d'un garçon trop jeune et trop impulsif. Dans ce quartier plutôt mal connu, les riches et les pauvres se croisent sans vivre ensemble. Quelques bobos new-yorkais s'y sont installés mais les Noirs et les Portoricains n'ont pas quitté les cités qui bordent les boulevards et les restaurants branchés.

C'est là que le romancier imagine la rencontre d'Eric, gérant de bar et écrivain plus ou moins raté, avec des voyous. Eric est en compagnie de deux copains de hasard et de beuverie. Un coup de feu, un homme s'écroule, la police enquête, avec, à leur tête, Matty, un flic tendu et circonspect. Le crime est prétexte à tout visiter, du sol au plafond : les allées pouilleuses, les immeubles décrépis, les caves insonorisées. On passe de la supérette d'un vieux Chinois aux bureaux du commissariat qui puent la sueur et le vomi des alcooliques arrêtés dans la nuit. L'auteur aime ce côté "loupe et scalpel". Il s'investit également dans des dialogues qui, depuis ses débuts, restent un modèle du genre : vivants, justes et sans afféterie, tout en restant différents de ce qu'il propose pour le cinéma ou la télévision. Car si Richard Price est une star du scénario pour petit et grand écran, il n'y voit qu'un moyen de gagner beaucoup d'argent en limitant les efforts. Sans jeu de mots, le succès est venu avec sa nomination aux Oscars pour La couleur de l'argent, en 1986. Le film de Scorsese lui a valu le respect de la profession et de jolis contrats, jusqu'à la récente série télévisée, Sur écoute (The Wire), qui dissèque la ville de Baltimore, du port à la mairie, de la vie des dealers à celle des flics. Avec Dennis Lehane et George Pelecanos, il en partage les scénarios et les dialogues.

Price refuse beaucoup de propositions et écrit lentement. Après Le Samaritain, paru en 2003, il a mis plus de cinq ans à rédiger Souvenez-vous de moi et n'affiche que cinq livres en trente-cinq ans, dont le remarquable Clockers, adapté au cinéma par Spike Lee en 1995. À cette époque, il se passionnait déjà pour les petits revendeurs de drogue, les intermédiaires bien rodés. On les retrouve dans Sur écoute, on les reconnaît encore dans son dernier roman où des adolescents sont condamnés dès l'enfance à devenir des délinquants. Si son confrère, le romancier George Pelecanos, cherche toujours à sauver ses héros perdus dans la dope et le bling-bling, Richard Price ne moralise pas son propos. Sauf peut-être lorsqu'il s'attarde sur le thème du mensonge inutile et de la culpabilité qui peut changer de camp et transformer un brave garçon en type dangereux, simplement parce qu'un soir il n'a pas pris le bon trottoir au bon moment.

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