Xavier Giannoli
À l'origine
★★★ Dans À l'origine, film intense de Xavier Giannoli, François Cluzet joue un aigrefin qui fait naître, chez le spectateur, attirance, rejet, peur, compassion et séduction.
Avec également Emmanuelle Devos, Gérard Depardieu, Soko, Vincent Rottiers, Stéphanie Sokolinski...
En salles le 11 novembre 2009
Quand j'étais escroc
Petite leçon de cinéma. Présenté cette année en compétition à Cannes, À l'origine, de Xavier Giannoli, s'ouvrait sur un type sorti de prison, à la ramasse, limite clochard, et qui, peu à peu, sortait la tête de l'eau en mettant sur pied une arnaque qui allait le dépasser, lui, Philippe Miller, le petit escroc sans nom. La version (plus riche, plus complexe et donc meilleure) qui sort sur les écrans a été coupée, notamment amputée des premières séquences. On y voit maintenant Philippe Miller, visage froid, regard serré, sans états d'âme et corps dans le mouvement, bien décidé à réussir son plan.
Cette autre version donne une épaisseur différente à ce "héros", qui passe d'un type quelconque auquel on peut trouver toutes les excuses du monde à un homme déterminé et pas sympathique mais dont la transformation prendra davantage de poids — le fait divers est réel.
Ici se trouve la grande qualité du cinéma de Xavier Giannoli (Quand j'étais chanteur), qui sait travailler la matière romanesque pour façonner ses personnages et donner chair aux sentiments qui les font vivre et qui viennent se nicher au plus profond du spectateur, alors agité — c'est cela aussi le cinéma — par ce que le déploiement de l'imaginaire dans la fiction fait naître en lui. Attirance, rejet, peur, compassion, séduction : rayez les mentions inutiles. Ou, plutôt non, n'en rayez aucune et laissez-vous emporter.
Giannoli appartient à un courant classique — Renoir, Ford, Eastwood, Truffaut, pour faire court et bon — qui voit le cinéma comme un miroir de l'existence (pour l'auteur autant que pour le spectateur) et le film comme un morceau d'une mythologie à construire. À l'origine est aussi cela : une histoire qui dit le monde mieux que le monde lui-même. Et l'on trouve dans le parcours de Miller un état des lieux d'une société qui laisse chacun se démerder et, dans celui de Giannoli, une volonté de prescrire la solidarité comme remède à cette solitude. Un mot sur les comédiens, François Cluzet, Emmanuelle Devos, Vincent Rottiers, Soko, Gérard Depardieu (lire l'interview) : parfaits.
Avec son nouveau film, Xavier Giannoli retrouve le romanesque des sentiments. Il commente en trois images cette histoire d'un escroc qui se révèle à lui-même.
« Le dessin de l'enfant d'un employé de l'entreprise imaginaire de Philippe Miller (François Cluzet). Imaginaire parce que le film est l'histoire vraie d'un imposteur qui va réussir à tromper toute une région en construisant une parcelle d'autoroute au milieu d'un champ. Je lis ce fait divers incroyable il y a une dizaine d'années et il me poursuivra sans relâche. À l'époque, je rencontre le juge d'instruction et l'imposteur, en prison, puis, à l'heure des patrons voyous, il devient un jour temps pour moi de raconter l'histoire d'un voyou qui devient patron. Mais comme dans un thriller où les sentiments risqueraient leur peau, car je me rends compte que, dans cette affaire, le seul bénéfice aura été humain. Alors je pense au conseil de Clint Eastwood : " Réalisez chaque scène comme si c'était la plus importante du film, le reste viendra tout seul." »
DES SENTIMENTS EN CHANTIER
« Importante relance du scénario : Philippe Miller, le "héros", se bat contre son propre mensonge et ses conséquences. Les scènes de chantier me faisaient peur. Les gigantesques machines dans la boue et les cirés jaunes : aucune mythologie cinématographique n'est attachée à cet univers-là. Je cherche donc comment donner une dimension à la fois spectaculaire et juste à ces images. Je suis obsédé par le rythme du récit et la tension des plans. Et c'est l'émotion de l'acteur qui m'a fait sentir que ce n'était plus un chantier que je filmais mais des sentiments. Plus que jamais, je crois à la fiction et au romanesque, car c'est un moyen de donner une force poétique aux choses de la vie." »
S'ÉVEILLER AU MONDE ET À SOI-MÊME
Les deux personnages principaux au moment où leur trouble va mettre en péril le secret de l'histoire. Je voulais filmer une femme qui révèle un homme, à tout point de vue, tant charnellement que socialement. Je voulais raconter le destin d'un homme qu'une rencontre avec une femme, mais aussi toute une communauté, va éveiller au souci du monde et de lui-même. En écrivant leur aventure, j'exprime ma colère vis-à-vis d'une société qui veut nous réduire à notre seule capacité d'adaptation à la situation économique. Alors, je filme des gens dignes, pour qui les sentiments sont importants et qui ne transigent ni avec l'amour, ni avec un monde respectueux des valeurs humaines. Mais je choisis ce titre, À l'origine, pour ne pas oublier qu'il s'agit d'un spectacle."
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