White Material
Du très beau travail
★★★ White Material, un film réalisé par Claire Denis et coécrit avec Marie NDiaye
Avec Isabelle Huppert, Isaach de Bankolé, Christophe Lambert...
En salles le 24 mars 2010
Un film dramatique magnifique, où Isabelle Huppert est une opiniâtre patronne d'une plantation de café.
Qu'est-ce que le cinéma ? Vous avez quatre heures, silence dans la salle, calculette interdite et levez la main pour aller aux toilettes.
André Bazin, premier grand critique français et fondateur des Cahiers du cinéma, en 1951, y a répondu dans un livre, 390 grammes, 376 pages, Editions du Cerf, recueil de textes parus entre 1958 et 1962, dont le titre reprend l'intitulé de la question. Il y fait état, entre autres, des liens qui unissent le septième art et la photo, l'un étant le prolongement de l'autre, et défend l'idée d'une ontologie du cinéma qui tiendrait compte, autant que possible, de la réalité en effaçant au maximum les effets formels — résumé un peu rapide, il est vrai, de la théorie bazinienne.
Claire Denis, elle, est à l'exact opposé de cette idée et je l'en félicite, pensant également que le cinéma peut produire du sens par la seule mise en scène. La preuve par 9 (mais les calculettes sont interdites, je le rappelle) avec White Material, film magnifique, impressionnant de maîtrise, œuvre d'une des cinéastes les plus douées qui soient — je ne suis pas fan de tout (j'adore Beau Travail et n'aime pas 35 Rhums) mais je reconnais, à chaque fois, le talent de la dame.
White Material se passe dans un pays d'Afrique, à l'heure d'une guerre civile qui oblige la patronne d'une plantation de café (Isabelle Huppert) à partir, ce qu'elle ne veut pas. L'histoire est écrite par Marie NDiaye (prix Goncourt pour Trois Femmes puissantes) et Claire Denis. Que le film ne soit ni daté, ni précisément localisé, est évidemment un choix dramatique. Refusant la contextualisation politique ou sociale, il met en scène les sentiments, le corps, les pulsions, les émotions, toutes choses qui enracinent l'être humain dans le monde. Claire Denis donne chair à une eau frémissante, à un tracteur abandonné, à une main caressante, à un visage perdu. Il n'y a qu'elle qui filme ainsi. Son cinéma, explicitement formel, mais pas avare de péripéties non plus, transcende le réel et bouleverse à force d'images qui disent autant l'imaginaire que la vie. Le plus beau film de l'année. Fin du devoir, posez vos crayons.
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