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Un polar sinon rien

Dans la brume électrique de Bertrand Tavernier — adapté d'un roman de James Lee Burke — avec Tommy Lee Jones dans le rôle du flic Dave Robicheaux. Magnifique.
● ● ● BRAVO !
En salle le 15 avril 2009

PAR Eric Libiot | LE CINÉMA D'ÉRIC LIBIOT | 10 avril 2009
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L'Express

Je prends les paris. Et je vous précise tout de suite que j'ai peu de chances de perdre. Je parie donc ma carte de cantine, mes frais de taxi et le salaire de mon patron qu'à propos du dernier long-métrage de Bertrand Tavernier, Dans la brume électrique, vous allez souvent lire ou entendre : « C'est beaucoup plus qu'un film policier... » Ce qui est une phrase idiote.

Dans ces cas-là, des envies de claques me poussent. Je sais pourtant que l'assertion est plutôt à l'avantage du film, à propos duquel le critique essaie de montrer qu'il ne se résume pas à dévoiler l'assassin, mais parle du monde et des pulsions de chacun. Mais je pose la question : une casserole est-elle plus qu'une casserole sous prétexte que le plat est réussi ? Non, la casserole reste une casserole et un polar reste un polar. Point. Qui porte en lui ce qui fait son identité — en gros, l'individu face au social et à la morale — et que le réalisateur a loisir, ou non, d'exploiter. C'est d'ailleurs ce qui fait l'intérêt du film de genre, qui joue de la contrainte autant que de la liberté.

Bertrand Tavernier le sait bien, lui qui a souvent œuvré pour la cause : Le Juge et l'assassin, Coup de torchon, L.627, L'Appât... Le voici en Louisiane, adaptant un roman de James Lee Burke, avec Dave Robicheaux en héros, un flic qui ne désespère pas de voir son pays, rongé par le mal, retrouver un peu d'innocence — mais ce n'est pas facile. Tavernier raconte évidemment l'enquête sur le meurtre d'une jeune prostituée (la contrainte) mais s'offre surtout la liberté de filmer les interstices des péripéties et les failles des personnages.

Tommy Lee Jones (Robicheaux) a les yeux fatigués de celui qui a vu le monde se déliter et Tavernier réussit à tout embrasser en un même film : la bête immonde qui sommeille, la justice perdue dans les marécages, la trace indélébile du temps, la douleur des vies qui dérapent, les petits bonheurs auxquels on s'accroche pour ne pas disparaître complètement. Un polar. Un vrai. Un grand. Ni plus ni plus.












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