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Les Herbes folles

★★ Les Herbes folles, un film d'Alain Resnais
Avec André Dussollier, Sabine Azéma, Emmanuelle Devos, Mathieu Amalric...
En salles le 4 novembre 2009

PAR Eric Libiot | LE CINÉMA D'ÉRIC LIBIOT | 2 novembre 2009
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L'Express

Péché de jeunesse

Peut mieux faire mais n'en a sans doute plus envie. Telle est l'appréciation sur la copie de l'élève Alain Resnais, qui vient de rendre son dernier travail, Les Herbes folles. Mais, avant de me faire assaisonner en deux claques et trois coups de règle par ceux qui trouveraient déplacé que j'en remontre au grand Alain Resnais, je signale qu'on est là dans le haut du gratin du panier de la crème de la cerise de la production française, et qu'il s'agit uniquement de mettre ces Herbes folles en regard de la carrière du cinéaste, devant laquelle je m'incline, cirage à la main mais pas toujours.

Le sujet en question, davantage cinéma que sciences et vie de la terre, est l'adaptation de L'Incident, de Christian Gailly, roman dans lequel un homme, obsédé par l'idée de faire connaissance avec la femme dont il a trouvé le portefeuille volé, lui fait mille soucis et lui crève les pneus, tandis qu'elle, indifférente à ses élans, lui cède peu à peu, jusqu'à être brûlée par un désir toujours plus fort, alors que lui, maintenant, moins, quoique.

Une histoire pétillante et acidulée, souvent absurde, que Resnais raconte en toute liberté, très à son affaire dès lors qu'il malmène la grammaire du cinéma, comme ces herbes folles surgissant sans prévenir personne dans les rides d'un vieux goudron. Il s'amuse en garnement intelligent et conscient de tout, sûrement même de l'abandon absolu du sujet au profit d'une forme évidemment maîtrisée, mais dont on eût souhaité qu'elle fût davantage soutenue par un propos qui, mine de rien, se défile lentement, jusqu'à en oublier ses propres enjeux.

Ce n'est, bien sûr, pas la première fois que Resnais distord son récit comme une crêpe, jouant de ruptures et de dérapages contrôlés, et j'ai en mémoire l'immense Providence, l'étrange La vie est un roman, l'étonnant Smoking / No smoking, films dotés d'une épaisseur dramatique roborative, que je cherche vainement ici. Resnais s'en fout et, après tout, il en a le droit. Il est jeune. Il a le temps.

Bande sonore du film Les Herbes folles
Musique de Mark Snow

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