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La Rafle
Mauvais devoir

La Rafle, un film de Roselyne Bosch
Avec Mélanie Laurent, Jean Reno, Gad Elmaleh...
En salles le 10 mars 2010
Le film retrace l'histoire de la rafle du Vélodrome d'Hiver en 1942. Scolaire : un film passable, sans âme ni passion.

PAR Eric Libiot | LE CINÉMA D'ÉRIC LIBIOT | 12 mars 2010
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L'Express

Aucun sujet ne s'impose de lui-même. Aucun sujet ne fait automatiquement un bon film. Tout juste peut-il, quand il s'agit de faits historiques, servir de témoignage. Et d'avoir le mérite d'insister. Mais, dans ce cas et comme dans toute oeuvre artistique, la réalité ne vaut pas le réalisme. Parce que la représentation du fait, quelle qu'elle soit, n'échappe jamais à la dramaturgie qu'elle met en place, volontairement ou non, consciemment ou non.

La Rafle, de Rose Bosch, est emblématique de cette situation. Le film raconte l'arrestation de 13 000 juifs, le 16 juillet 1942, parqués au Vél' d'Hiv, à Paris, avant d'être envoyés dans des camps, en France, dans le Loiret, puis en Allemagne où ils furent exterminés. La réalisatrice s'est appuyée sur la documentation existante et, notamment, sur les souvenirs de Joseph Weismann, gamin à l'époque, l'un des rares à s'être évadé. Dans un article paru dans L'Express le 27 avril 1990, sous la plume d'Eric Conan, Joseph Weismann témoignait déjà : " Des hurlements de bêtes poussés par des mères qui se roulent par terre, se tapent la tête contre le sol. Et les enfants affolés, pris de panique en les entendant, qui se mettent à hurler aussi, qui font pipi. [...]. Je n'ai jamais rien entendu de pire. "

En trois phrases, Weismann en dit plus que tout le film. Car ses mots dévoilent immédiatement l'horreur de la situation. Rose Bosch, elle, s'en tient à l'illustration. Elle filme de loin, alors qu'il fallait être à l'intérieur de cette horreur pour déranger, bousculer, faire prendre conscience. Les comédiens jouent avec la raideur que leur confère le poids de l'Histoire, et les scènes, poussées par un souci pédagogique (mises à part les séquences ridicules de Hitler au Berghof), semblent sorties d'un manuel scolaire.

J'imagine toutes les bonnes intentions qui ont présidé au film. Mais la raison ne suffit pas ici, lorsqu'il faut marier le fait à la compassion, le devoir de mémoire à l'identification. Et La Rafle, sans âme ni passion, film ni réussi ni polémique, produit l'effet inverse de celui désiré : il se regarde d'un œil sec. L'indifférence, au cinéma, est la pire des horreurs.

Bande originale du film La Rafle

composée de chansons de Edith Piaf, Ray Ventura, Lilya Zilberstein, Charles Trenet..., et de musique classique (Georges Delerue, Wagner, Grieg...)





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