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L'opéra de Novossibirsk, le géant des glaces

Au milieu de l'immense Sibérie, Novossibirsk a le plus grand opéra de Russie. Le bâtiment est d'ailleurs le symbole de la ville.

PAR Xavier Lacavalerie | Histoire d'un lieu | 25 septembre 2011
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Classica

Si vous piquez sur la carte un point au centre géographique de la Russie (il faut bien viser car c'est plutôt grand !), vous tombez pile sur une petite chapelle au beau milieu de Novossibirsk, ville improbable située au cœur de la Sibérie, c'est-à-dire au milieu de nulle part.

Juste en face, orgueilleux joyau de la place Lénine, le Théâtre d'opéra et de ballet s'étend avec la majesté d'un temple grec. S'étend est bien le mot : jamais on ne vit une masse aussi imposante — et malgré tout aussi harmonieuse, en dépit de ses 11 837 mètres carrés de surface et de ses 294 340 mètres cubes de volume total, mensurations qui lui ont attiré le surnom envié de "Colisée sibérien".

 

Dans ce temple lyrique inattendu, on peut vraiment prendre ses aises. La salle centrale n'a pourtant pas une jauge exceptionnelle (1 790 places), mais on y respire large, sans avoir les genoux coincés contre les oreilles ni le bras posé sur la cuisse du voisin ; et l'on peut, tout à loisir, laisser courir son regard sur la beauté de la salle, tout en bois et en velours, ceinte de colonnes élégantes, couronnée par un dôme immense de 60 mètres dont on dit que le rapport entre son épaisseur et son rayon (une moyenne de... 8 cm !) est presque aussi faible qu'une coquille d'œuf, donc un tour de force architectural.


 

C'est Staline qui diligenta la construction de l'Opéra de Novossibirsk en 1931, construction un temps retardée lors de la Seconde Guerre mondiale, quand le bâtiment fut transformé en entrepôt pour stocker les collections des musées de Moscou et Saint-Pétersbourg menacées par l'ogre nazi.

Inauguré en mai 1945, l'Opéra fut entièrement rénové en 2005 et reste aujourd'hui non seulement le plus vaste de Russie — plus grand que le Bolchoï de Moscou lui-même — mais le plus moderne, avec ses équipements dernier cri entièrement informatisés. Son bouillonnant directeur, Theodor Currentzis, s'ingénie depuis quelques saisons à en faire l'une des grandes salles d'Europe, témoin son Macbeth coproduit avec l'Opéra de Paris et mis en scène par Dimitri Tcherniakov, habitué de Novossibirsk.

Si un jour — sait-on jamais ? — vos pas vous portent en Sibérie vers Novossibirsk, choisissez de préférence l'hiver, au moment de Noël, quand la ville enneigée tout illuminée semble surgir du néant, comme dans un rêve éveillé, après des heures de voyage monotone à contempler l'immensité vide de la toundra tel le désert des Tartares. Vous verrez alors sûrement le Transsibérien massif et fumant, à destination de Pékin ou d'Oulan-Bator, grelotter sous le froid ; et quelques jolies Sibériennes en collant et talons aiguilles, par -30°, glisser gracieusement dans les rues poudrées de givre. Quelques joyeux verres de vodka ou de cognac plus tard, vous pourrez même aller à l'Opéra de Novossibirsk — et tout prendra alors couleur de féerie...

Xavier Lacavalerie

: Novossibirsk, à 3 000 km à l'est de Moscou
Renseignements : www.opera-novosibirsk.ru

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