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L'Auditorium Maurice-Ravel à Lyon

Dehors comme dedans, on l'aime ou on le déteste. Typique de l'architecture des années 70, l'Auditorium de Lyon peut en tout cas être fier d'afficher une programmation... béton.

PAR Xavier Lacavalerie | Histoire d'un lieu | 13 juin 2011
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Classica

Tout le béton bétonnant des années de plomb (1970) semble s'être concentré dans l'Auditorium Maurice-Ravel de Lyon. Les poètes de l'architecture moderne comparent cette salle à une énorme coquille Saint-Jacques. Les gens de goût, à une sorte de bunker monstrueux. Moi qui ai l'esprit mal tourné, je pense plutôt à autre chose, vu qu'elle se situe à la base de la tour érectile qui est celle du Crédit Lyonnais, surnommée localement "le crayon" à cause de sa forme et lancée à l'assaut du ciel comme un viril symbole de modernité.

Quoi qu'il en soit, il faut reconnaître que cette chose grise et renflée conçue par les architectes Henri Pottier (Grand Prix de Rome) et Charles Delfante (architecte en chef de la Part-Dieu) ne dépare pas ce splendide quartier, tel un chancre élégant jeté au milieu d'un savoureux mélange de lignes droites, de baies vitrées multipliées à l'infini et de dalles bétonnées, où le moindre arbre ressemble à une grossière injure et le chant des oiseaux à un horrible solécisme.

Dès l'inauguration de l'auditorium de 2 150 places (c'était en l'an de [dis-]grâce 1975), tout le monde loua son confort, l'audace de cette belle salle de concert construite sans le moindre pilier, le rapport idéal que sa forme de théâtre romain créait entre le plateau et le public, ainsi que l'élégance de la décoration intérieure avec ses panneaux en vrai-faux bois et ses douillets fauteuils de mousse bleue.

Question acoustique, en revanche, ce n'était pas la joie. Manque absolu de richesse et de mystère, disait-on pudiquement, pour signifier que le son sonnait parfois comme dans un hall de gare un soir de grève. De 1993 à 2002, l'auditorium se fit donc une petite toilette : plus de sphère acoustique au plafond, nouveaux revêtements muraux, mise à niveau des équipements techniques, remplacement des sièges "mangeurs de son"...



























Rhabillé de frais, l'auditorium est depuis toujours le fief de l'Orchestre National de Lyon, qui y possède ses bureaux administratifs. Les chefs qui se sont succédé (Serge Baudo, Emmanuel Krivine, David Robertson, Jun Märkl) se sont plus ou moins accommodés de l'endroit, selon leur tempérament et leur sens de la diplomatie. Le public, lui, reste tout autant divisé. Ceux qui louent son aspect d'écrin futuriste et ceux qui dénoncent son côté bunker musical tombent pourtant d'accord pour évoquer quelques moments de grâce qu'on y vit parfois (l'intégrale des Concertos de Beethoven avec Radu Lupu, par exemple, absolument inoubliable !) et saluer la programmation artistique éclectique — concerts, récitals solistes, représentations d'opéras — qui fait de Lyon l'une des belles métropoles artistiques de notre pays. Programmation... en béton, naturellement.

Xavier Lacavalerie
www.auditoriumlyon.com
Discographie de l'Orchestre National de Lyon

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