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Il y a 10 ans, la Salle Gaveau renaissait de ses cendres

La Salle Gaveau à Paris fête le dixième anniversaire de sa renaissance. C'est en effet en 2001 que cette délicieuse viennoiserie a été sauvée d'une mort certaine par deux passionnés de musique.

PAR Xavier Lacavalerie | Histoire d'un lieu | 13 octobre 2011
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Classica

C'est la plus viennoise des salles parisiennes : petite (un peu plus de mille places), en étage, tout en longueur, avec des moulures façon crème chantilly et un balcon tout à fait élégant. Pour un peu, on se croirait plongé en plein royaume d'opérette, à quelques encablures du beau Danube bleu, à attendre d'élégants couples de danseurs tourbillonnant dans des vêtements de moire, de soie et de dentelles. Sauf que l'horreur économique de cette rue La Boétie et la laideur des bâtiments environnants dissipe à coup sûr ces rêveries anacréontiques.

(Photo X / DR)

La Salle Gaveau apparaît alors rapidement pour ce qu'elle est : un lieu de concert anodin, mal conçu et peu pratique, coincé dans un immeuble de rapport ; mais un joli écrin tout de même, dans un quartier industrieux et froid où la seule musique qu'on semble y tolérer ressemblerait plutôt au tintement des lingots d'or et aux cris des traders en train de lancer leurs ordres au téléphone, face à leurs écrans.

Photo X (DR)
L'architecte Jacques Hermant qui a dessiné les plans du lieu (inauguré le 3 octobre 1907) a eu l'idée de créer un temple dévolu à la musique de chambre pour le facteur de pianos Gaveau, propriétaire de tout l'immeuble. Curieusement, cette salle, où depuis plus d'un siècle se sont pressés les plus grands musiciens du monde (d'Alfred Cortot à Wanda Landowska et de Camille Chevillard à Yutaka Sado), n'a guère d'identité bien définie : longtemps fief des concerts associatifs type Lamoureux, elle convient aussi bien au récital de piano qu'au concert symphonique (tendance Mozart plus que Mahler, si vous voyez ce que je veux dire...) ou à toute la musique de chambre. Elle n'a pas non plus dédaigné, lors des deux guerres mondiales, de servir de lieu de gala pour soutenir le moral des troupes, galvaniser le permissionnaire et réconforter la gueule cassée.

Photo J.B. Millot
En 1963, la maison Gaveau et ses pianos font faillite. Le bâtiment est vendu à une société d'assurances. Deux amateurs de musique, Chantal et Jean-Marie Fournier, rachètent la salle et se démènent dans tous les sens pour la faire retaper car, question look, la bête est gentiment décrépite ; et si la musique qu'on y joue est tout aussi prestigieuse, les notes s'envolent désormais vers les lézardes, les fissures et les toiles d'araignées.

Il faudra attendre 2001 pour que la noble bâtisse retrouve son charme d'antan, ses "fauteuils à piétement métallique et cadre boisé couleur jaune bouton-d'or", ses couleurs d'antan "gris rechampi d'or" et son éclairage "égrenant ses ampoules nues comme des perles accrochées au plafond". Ce n'est pas moi qui le dis, c'est la brochure vantant le travail accompli sous la direction d'Alain Charles Perrot, architecte en chef des Monuments historiques, responsable de la restauration...

Photo X (DR)
Pour le reste, relookée de frais, la Salle Gaveau reste éternellement Gaveau : c'est donc la plus viennoise des salles parisiennes, petite, en étage, tout en longueur, avec des moulures façon crème chantilly...


PROCHAINS CONCERTS
"La Folle Nuit" (Claire Désert, Emmanuel Strosser, Abdel Rahman El Bacha, Adam Laloum...), les 26 et 27 novembre 2011 (onze concerts)

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