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Histoire d'un lieu : le Casino de Standard-Island dans le Pacifique

Connaissez-vous Standard-Island ? C'est là, dans l'Océan Pacifique, que le Quatuor Concertant donna quelques-uns de ses plus célèbres concerts...

PAR Xavier Lacavalerie | Histoire d'un lieu | 27 décembre 2011
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Classica

Curieusement, le Casino de Standard-Island est une salle de concert peu connue et généralement mal située. Elle fut pourtant le fief, pendant toute une année, du fameux Quatuor Concertant, formation mythique de la deuxième moitié du XIXe siècle qui y donna une série mémorable de concerts devant un parterre des plus huppés, généralement constitués de milliardaires américains.

Le premier violon Yvernès (jouant sur un fameux Guarnerius "del Gésu", l'instrument qui atterrira ultérieurement entre les mains d'Isaac Stern !), le poupin Frascolin (second violon), l'aristocratique Pinchinat, dit "Son Altesse" et altiste de son état ; le vétéran Sébastien Zorn (violoncelle), tous réunis sous le nom de Quatuor Concertant, avaient en effet décidé de tenter leur chance aux États-Unis dans les années 1860, pays neuf et plein d'avenir, où les "dilettanti yankees" — ainsi désignait-on à l'époque les riches amateurs américains de musique, et particulièrement de musique de chambre — ne leur ménagèrent jamais ni leurs hourras ni leurs dollars.

Pas une fête, pas une réunion, pas un raout, pas le moindre five o'clock ni la plus petite garden party de New York ou de San Francisco où ne fussent invités nos quatre Français — nos quatre Parisiens, plutôt — qui, passez-moi l'expression, s'en mirent plein les poches en faisant découvrir les grands quatuors à cordes de Haydn ou Beethoven et les charmes secrets du Quatuor en mi bémol d'Onslow.

Calistus Munbar et le Quatuor Concertant
Un jour, ils rencontrèrent un drôle de bonhomme, un certain Calistus Munbar, une sorte d'imprésario-homme d'affaires-factotum pour milliardaires, qui leur proposa un contrat littéralement mirifique : un million de dollars-or à chacun pendant un an (nous sommes en 1860, vous imaginez le cacheton !), logé, abreuvé, nourri, blanchi, moyennant une série de concerts à donner dans des conditions... mon dieu... point trop désagréables. Autant dire une fortune !

C'est ainsi que nos quatre compères s'installèrent en résidence au Casino de Standard-Island. Leurs appartements luxueusement meublés étaient situés dans une aile de l'établissement. Une magnifique cour ombragée séparait le musée de Milliard City, aux richesses fabuleuses (de Léonard de Vinci à Cabanel et de Raphäel à Turner), et la bibliothèque de la salle de concert proprement dite. Un petit bijou, cet auditorium aux dimensions modestes, une bonbonnière qu'on aurait dite construite pour la musique de chambre, avec sa douce lumière tombant du plafond et ses tentures moelleuses adoucissant le son, qui fit dire un jour au volubile Sébastien Zorn...

Couverture de l'édition Hetzel
Mais non, silence, il vaut mieux que je vous laisse en compagnie de Jules Verne et de son illustrateur Léon Benett, qui vous feront les honneurs du lieu et vous raconteront beaucoup mieux les aventures du Quatuor Concertant embarqué de force sur Standard-Island, une drôle d'île à hélice, entre San Francisco et la Nouvelle-Zélande (le roman est paru en 1895 chez Hetzel) — en laissant naturellement à Mozart et à son Quatuor en fa majeur, op. 9 * le soin de dire le mot de la fin.

Le lieu : dans L'Île à hélice, roman de Jules Verne !


Xavier Lacavalerie



* « Et, devant un public aussi nombreux qu’enthousiaste, le Quatuor en fa majeur de l’Op. 9 de Mozart vaut-il à ces virtuoses, échappés au naufrage de Standard-Island, l’un des plus grands succès de leur carrière d’artistes. » (Extrait de "L'Île à hélice" de Jules Verne)

 

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