À la découverte du Palazzetto Bru Zane
Le Centre de musique romantique française ?
Il a élu domicile... à Venise (Lire l'article Balade musicale dans la Sérénissime)
« Notre répertoire s’inscrit entre celui du Centre de musique baroque de Versailles et celui de l’IRCAM », résume Olivier Lexa. Le directeur du Centre de musique romantique française définit ainsi un long XIXe siècle, commencé vers 1780 et achevé en 1920. On laissera aux spécialistes le plaisir de gloser à l’infini sur la définition, voire l’existence, d’un romantisme français plus généralement considéré comme fils de la Restauration, grandi entre les vapeurs opiacées de la Symphonie fantastique, les empoignades d’Hernani et le tumulte de La Mort de Sardanapale. Le Centre veut avant tout œuvrer à la découverte d’une forêt trop longtemps masquée par quelques arbres plantés par Berlioz, Bizet et Gounod. Il veut sortir du silence les Hérold, Dubois, David et autres Onslow.
LES MANIFESTATIONS À VENIR
Chacun des trois festivals voit se dérouler des concerts à Venise mais également partout dans le monde.
■ Festival « Le salon romantique »
du 7 au 27 février 2010
■ Festival « Le piano romantique »
du 8 avril au 19 mai 2010
■ Saison lyrique
du 27 avril au 29 juin 2010
Dans le cadre de ce festival, importante programmation lyrique au Théâtre des Champs-Élysées et à l’Opéra-Comique à Paris.
Rens. : www.bru-zane.com
Comment ? Par un effort soutenu de diffusion, une saison d’une centaine de concerts en France (Paris, Versailles, Dijon, Metz, Besançon), Belgique, Suisse, Pays-Bas, Espagne, Pologne, Chine, Taïwan et Italie… et à Rome et Venise. C’est en effet dans la cité lagunaire que loge le Centre, dans le charme rococo d’un ancien casino entièrement restauré. Ce lieu de divertissement devait accueillir les récitals de la fille violoniste des Zane et abriter leur riche bibliothèque à proximité de leur palais résidentiel dessiné par Longhena, le génial concepteur de l’église de la Salute et de la Ca’ Rezzonico.
Situé à quelques dizaines de mètres du campo San Stin, à proximité de l’église des Frari, le palazzetto offre un espace privilégié aux acteurs du Centre de musique romantique française. On peut raisonnablement se demander si Venise s’imposait pour un tel projet. N’aurait-il pas mieux valu disposer d’un outil à Paris où chercheurs et musicologues auraient pu mener à bien leurs tâches, disposant des fonds des principales bibliothèques ?
La question ne s’est pas posée en ces termes. Il faut d’abord penser aux murs puis à leur emploi. Le palazzetto appartient en effet à la Fondation Bru, créée en 2005 par le docteur Nicole Bru, passionnée de musique et de Venise, en mémoire de son époux, Jean Bru, ancien président des laboratoires UPSA. Active dans les domaines de l’éducation, la recherche, le patrimoine et l’environnement, la Fondation Bru entretient le contact avec le monde musical en soutenant Le Concert spirituel d’Hervé Niquet. L’acquisition du palazzetto s’inscrit dans cette logique qu’elle mène à son accomplissement.
Si la diffusion et l’organisation de concerts reste l’activité la plus visible du centre, elle ne saurait aboutir sans des travaux préalables de recherche et de publication. À raison de quatre colloques internationaux par an (« La Modernité française au temps de Berlioz »), d’une quinzaine de chantiers (Louis-Ferdinand Hérold, L’Opéra en France des Lumières au romantisme ou la correspondance de Charles Gounod), d’une quarantaine de partitions (Jean-Chrétien Bach, Leduc, Charpentier), de livres coédités avec Symétrie (correspondance et écrits de jeunesse de Rabaud, Le Théâtre-Italien de Paris, 1801-1831) et de plusieurs coproductions discographiques, le Centre, avant même son inauguration officielle le 3 octobre, prouve sa détermination.
Pour réussir un tel pari, il faut que l’histoire et la musique se rejoignent. Aussi est-ce pourquoi Alexandre Dratwicki, directeur scientifique du Centre, c’est-à-dire responsable des publications, et son frère Benoît, directeur artistique, suivent la même route. « Il faut éviter la séparation entre les deux départements, précise Olivier Lexa. Les études des musicologues doivent trouver un écho direct dans les concerts des musiciens et non pas rester dans les bibliothèques. Le centre veut en priorité faire circuler la musique. » Pour la faire circuler sans perdre de vue une boussole pédagogique, le centre organise une programmation en trois festivals (voir l'encadré). En tout une soixantaine de concerts, en France et à l’étranger. À ces festivals s’ajoute une ambitieuse saison lyrique à l’Opéra-Comique : Fortunio par Louis Langrée, Béatrice et Bénédict par Emmanuel Krivine, Mignon par François-Xavier Roth et Pelléas et Mélisande par John Eliot Gardiner. « {Et nous n’excluons pas de notre champ d’action les répertoires d’orphéon, les musiques pour casino, l’opérette et le vaudeville} », ajoute Alexandre Dratwicki.
Les idées, on le constate, ne manquent pas et devraient se multiplier sous l’impulsion des enthousiastes trentenaires qui dirigent le palazzetto. S’il peut se comparer au CMBV ou à l’IRCAM, comme l’annonçait Olivier Lexa, le Centre de musique romantique française s’en distingue radicalement par son origine. « C’est la première fois que le mécénat privé s’engage dans un projet musical d’une telle envergure », ajoute son jeune directeur. Fonds privés pour une mission d’intérêt pourtant national et international. Peut-être la visite impromptue du ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, fin août, alerta-t-elle l’État. ◆
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