Armstrong, sa trompette et ses ciseaux...
Un beau livre réunit des centaines de carnets de collages inédits de Louis Armstrong. Preuve que la célébrité la plus photographiée du XXe siècle, après Marilyn, est encore à découvrir.
On les a trouvés cachés dans la cave de sa maison du Queens, à New York : 500 carnets et boîtes en carton d'enregistrements ornés de magnifiques collages. « Personne, à part ses amis intimes, ne savait qu'il s'adonnait à cet art », raconte Steven Brower, ancien directeur artistique du New York Times. En 2005, c'est lui qui découvre ce secret lors d'une conversation avec Marty Napoleon, un pianiste qui accompagnait Armstrong dans les années 1950. Ce dernier raconte : « Louis avait toujours une paire de ciseaux sur lui et était constamment en train de découper des journaux, des magazines comme Life... Il choisissait des titres, des illustrations, des photos, et les collait sur des carnets et des boîtes qu'il traînait partout. »
En près de vingt ans, de 1953 jusqu'à sa mort, en 1971, Satchmo (son surnom) a créé une sorte d'autobiographie visuelle qui évoque les graffitis de Basquiat et les peintures de Rauschenberg. À travers ses collages, portant tous un numéro, le trompettiste a reconstitué une mosaïque de son passé. Sur ces œuvres, recouvertes de gribouillages, d'adhésif et de sparadrap, l'homme qui se dévoile n'est pas que le musicien souriant de What a Wonderful World. Sur une boîte, un portrait de lui avec le pape Pie XII se superpose à une photo de l'étoile de David que le trompettiste a porté à son cou jusqu'à sa mort. Fervent catholique, Armstrong avait en effet été élevé par un couple d'immigrants juifs à La Nouvelle-Orléans.
Ses collages contiennent aussi plusieurs messages cryptés. Dans l'un, il juxtapose l'image de Martin Luther King au sigle FBI. Ce FBI qui, en 1957, l'accusa d'être communiste et ouvrit un dossier sur lui, car le trompettiste avait été le plus grand contributeur financier du pasteur. Plein d'humour, Armstrong associe, sur un carnet, une publicité pour des soutiens-gorge gonflables à l'aide d'une paille au portrait de l'actrice Jane Russell. En ajoutant ce message dactylographié : « On peut tout vendre à une femme. » Une façon de montrer sa vision d'une Amérique découpée, déchirée, tout en tentant de la recoller avec ses rêves.
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