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Tempête sous les plumes au Ballet de l'Opéra de Paris

Le Lac des cygnes, chef-d'œuvre de Tchaïkovski et de Marius Petipa, n'a rien d'un miroir tranquille pour ses interprètes. Coup d'œil sur ce nouvel envol à l'Opéra-Bastille (jusqu'au 5 janvier 2011).

PAR Laurence Liban | DANSE | 30 décembre 2010
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L'Express

Cygnes trompeurs... princesse transformée en cygne par le sorcier Rothbart, Odette, le cygne blanc, ne retrouvera forme humaine que par la grâce de l'amour. Lors d'un bal au cours duquel le prince Siegfried, amoureux de la princesse, doit choisir son épouse, Rothbart lui présente sa fille Odile, le cygne noir, sous l'apparence d'Odette.

Un cri du cœur : " Des turbulences dans Le Lac ? Mais il y en a partout ! " Interrogée à brûle-pourpoint, la danseuse étoile Laetitia Pujol en sait quelque chose puisqu'elle y danse... Déploiement de beauté sans égal, l'œuvre de Petipa constitue une prouesse esthétique doublée d'une prouesse technique que seuls mesurent ceux qui les exécutent. Truffé d'écueils comme bien d'autres ballets, il comporte quelques exploits spécifiques.

Voyez le corps de ballet féminin avec ses 32 filles qui se prennent pour des cygnes. Le défi, pour elles, ce sont les trajets de la serpentine. Imaginez une pente en zigzag. Et, là-dessus, 32 cygnes surgissant l'un après l'autre sur une jambe, et cette jambe sur une pointe, le corps penché en avant, les bras en couronne. L'effet est sidérant, inoubliable, bouleversant. Mais à quel prix !


UN TRAVAIL DE RESPONSABILITÉ COLLECTIVE

De retour de répétition dans sa loge aux rideaux rouges, l'étoile Agnès Letestu confirme. Son premier Lac des cygnes, on l'y a jetée tout habillée en tant que remplaçante et avec la consigne de faire la même chose que la fille de devant. Mais comment s'y prendre quand on ne peut pas voir si ses pieds suivent la ligne imperceptiblement présente au sol et que tous les dos se ressemblent ? Cette année, la question s'est posée de façon d'autant plus cruciale que la majorité des danseurs vivaient là leur baptême du Lac, seul ballet à être répété en tutu, pour des raisons pratiques.

Pour le maître de ballet Clotilde Vayer, cette perfection est le fruit d'un travail de responsabilité collective et d'aide mutuelle exemplaire : " Il faut absolument pouvoir compter sur l'autre afin de produire cette ligne presque immatérielle où toutes se fondent en gardant pourtant leur individualité." Pour donner cette impression de reproduction des cygnes à l'infini, évidemment, il faut "tricher" un peu. Par exemple, en taillant les tutus en fonction de chaque morphologie afin d'effacer les dissemblances.




En ce qui concerne les étoiles, le problème réside dans le passage rapide entre deux rôles de femmes à l'opposé l'une de l'autre. Souriant de son sourire de madone, Agnès Letestu raconte ce passage de l'ange à la bête où la pureté d'Odette frémit encore dans la femme tentatrice et manipulatrice qu'est Odile, où l'épuisement vécu dans le rôle de l'une permettra de jouer les tourments de l'autre. Alors que Clotilde Vayer insiste sur la nécessité d'éviter le côté "coin-coin", souffreteux et maniéré de l'exercice, elle rappelle que Noureev, lorsqu'il remonta le ballet de Marius Petipa en 1984, avait voulu que le personnage d'Odette soit une vraie femme. Pas seulement un oiseau. " La sensibilité ne doit donc pas amener à de petits mouvements des mains et des bras mais à quelque chose de plus vaste."

Laetitia Pujol, mince corps dur et sûr, brûle de se glisser sous les plumes noires et blanches. Les turbulences du Lac ne la surprennent pas. Elle est prête pour cette prise de rôle.

Laurence Liban


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